White Lake
Le lac s’étend,
calme, limpide, la nature luxuriante, cette lumière si particulière, des fins d’après-midi d’été. Elle sourit, gracieuse, gestes harmonieux. Il profite des minutes, cette promenade d’un autre temps, elle, compagne d’un moment.
Le lac s’étend,
paisible, clair, les mouvements lents des frondaisons, les ramures, cette brise. Sa robe, longue, trop longue, fluide, le mouvement qui en suit, balancier. Il respire plus lentement, attentif au silence, elle, présence si légère.
Le lac s’étend,
serein, pur, les arômes de la nature, cette odeur de mois de Phoebe, moite et chaude. Elle a les cheveux longs, trop longs c’est étrange, presque inconvenant. Il ne sait pas trop pourquoi il y pense.
Le lac s’étend,
assoupi, angélique, les sensations aiguisées, marcher pieds nus, l’herbe foulée. C’est elle qui a spontanément retiré ses chaussures, il l’a regardé décontenancé, et s’est mis au diapason. Il esquisse un sourire.
Le lac s’étend,
délicat, diaphane, effleurer le buste d’un arbre centenaire. Des souvenirs d’il y a tant d’années, tant d’enfance. Elle déambule devant lui, ses cheveux sont blancs, trop blancs et pourtant l’éternelle allure juvénile.
Le lac s’étend,
pacifique, cristallin, l’on plongerait facilement. White Lake de Deaf Center, petite musique de jour, petite musique de nuit qu’elle aime tant, qui illustrerait merveilleusement cet instant suspendu.
Le lac s’étend,
troublé, dérangé, des frémissements lié à un souffle de vent soudain. Elle se tourne doucement vers lui, caresse sa joue, arrache un brin d’herbe et retourne à ses pérégrinations, longues, trop longues errances.
Le lac s’étend,
apaisé, blanc, il est plus que centenaire, quel âge a-t-il ? Il espère, il espère calmement, il le sait, cette attente n’est pas un jeu, même si elle est longue, trop longue. Elle n’est pas de celles qui s’amusent des émotions.
Le lac s’étend,
inoffensif, élégant, peut-être trompeur, une illusion. Il prend une profonde inspiration, longue, trop longue, elle l’entend, sourit encore. Il n’ose dire un mot. Elle est encore belle à soixante ans.
-« Je vais décliner votre invitation » murmure-t-elle
Ils se sont naturellement arrêtés. Face au lac imperturbable, l’un prés de l’autre, l’on pourrait presque croire qu’ils sont un vieux couple, toute une vie derrière eux, un passé, des enfants, des petits-enfants, une maison, des clichés et des photos, un jardin, des épreuves, des joies, des chagrins et des rires. Il n’en est rien. Il ne dit rien. Le temps est long, trop long.
-« Je vais décliner votre invitation à venir vivre avec vous, partager. Je ne sais aimer calmement. Je ne suis pas de celles qui aiment sereinement. Je rentre en amour comme en religion. Même à mon âge »
Le lac s’étend,
froid, blême, ses battements de cœur à lui plus rapides.
-« Que voulez-vous…
je préfère être libre qu’amoureuse… »
[A écouter]
Ce texte s’inscrit dans une série « Les Danaïdes » (les cinquante filles du roi Danaos. Elles accompagnent leur père à Argos quand il fuit ses neveux, les cinquante fils de son frère Égyptos. Après qu’ils aient proposé une réconciliation, elles épousent leurs cousins et les mettent à mort le soir même des noces. Les Danaïdes sont condamnées, aux Enfers, à remplir sans fin un tonneau sans fond.). Je prétends que les humains passent leur vie à remplir sans fin un tonneau sans fond. Je prétends que ni l’argent ni le sexe ne font tourner le monde mais bel et bien le manque d’amour, parfois jusqu’à la déviance…








[...] This post was mentioned on Twitter by Benjamin F, Catnatt, Netchaïev, Netchaïev, Netchaïev and others. Netchaïev said: [SBBS] White Lake – http://bit.ly/gXQYEq [...]
Instants suspendus, cheveux longs, pieds nus, coeur trop rapide, et pendant ce temps, l’eau tranquille. Après lecture, fantasmes de Rimbaud (de la blanche Ophélia, aussi de Sensation), Lamartine, Yourcenar, nous frôlent en souriant mystérieusement.
Pas mal ,pas mal.
LOVE
twa JTE kife
Lu à un rythme lent dès les premiers mots… Le texte guide silencieusement jusqu’à la fin implacable… Beau…
J’aime beaucoup tes textes qui sont, à la fois, justes et touchants.
@JMCEDRO
Whaw… Je ne sais pas quoi dire. Mise à part commettre un magnifique suicide social à savoir que je n’ai lu aucun des auteurs cités. Promis, je m’y colle. Si tu as des suggestions.
@Anonyme en photo.
tsss… tsss…
@Burzinski
merci infiniment
@Eleria
Ca me touche beaucoup. Vraiment. De ta part, c’est un très beau compliment. Je me le garde au chaud en cas de crise de doute
DIeu que c’est beau.
Et je dis pas Dieu par hasard.
Ecrire la musique comme ça, il faut soit du talent, plein, soit du divin, un peu.
C’est tout.
Et maintenant, le silence.
Mais cela me plait. A la mesure de l’avancée de (la) notre lecture l’itération déroule détisse et contre-tresse finalement un mince drame du jour qui suit le jour qui suit ; ce lac-lake (se) donne à voir, comme toujours on frole ce que l’on ignore ou voit trop bien.
@Palomar
Merci pour le commentaire, très joli au demeurant
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