Wanda Robinson – Black Ivory (Les Cultissimes Oubliés #9)

Wanda Robinson

Y a-t-il encore parmi nous qui pensent que la musique de vagabonds existe ? Vit-elle encore cette musique pour laquelle nous prendrions la route par désir de jouissance ? Sommes-nous encore capables de nous égarer ? Et êtes-vous prêts à nous reprocher cet égarement ? Serions-nous aptes à battre le pavé, damer le macadam, sentir le bitume sous nos pieds ? A s’encanailler sur quelques notes de musique, à se faire bouillir la cervelle au soleil pour sentir au plus profond de notre être l’urgence de quelques accords ? Vivre quelques heures auprès de cette marmite infernale que peut être une route, au rythme d’une musique que nous poursuivons. Devient-on un vagabond de la musique par malaise ou par joie ? Est-ce une certaine forme de paresse ?

Black Ivory, 1971

Les albums de Wanda Robinson me collent aux basques depuis plus de cinq ans, maintenant. Cette découverte fortuite sur un blog ami aujourd’hui mort m’a amené à chercher les vinyles de cette jeune femme, plus poétesse que musicienne. J’ai taillé donc les pavés, à la recherche d’une musique dont je ne connaissais que deux morceaux, Instant Replay et The Final Hour, le nom de l’album et celui de son interprète. A cette époque, le Net était quasiment muet sur la carrière de cette jeune femme et encore aujourd’hui, il faut racler le fond du web pour trouver quelques informations. La réédition de l’an 2000 étant même épuisée, j’ai donc recherché, durant près de deux ans, une aiguille dans une botte de foins. New York, Philadelphie, Portland et Seattle. J’en ai trouvé un, le Black Ivory, hommage à peine déguisé au groupe éponyme. D’ailleurs, Wanda Robinson reprendra deux morceaux instrumentaux de ce groupe de R’n’B des années 70 pour illustrer ses poèmes. Et comme une coïncidence n’arrive jamais seule, elle choisit le tube Don’t Turn Around pour accompagner The Final Hour et I Keep Asking You Questions pour Instant Replay. Une étrange alchimie eut alors lieu, presque spirituelle. La voix posée de Wanda Robinson, récitant calmement ses textes, entrait en résonance de façon décalée avec le groove soul et funk de la musique. Et on se laisse prendre par ces histoires simples de rupture à coup de riffs qui sentent bon le film de la blackexploitation. Et lorsque la conscience politique de Wanda Robinson prend le relais – sur la suite Celebration/Compromise/Read Street Festival/A Word To the Wise notamment –  toujours avec cette même voix calme et posée, des images des Black Panthers, le poing levé, dignes dans leur silence, se croisent et décroisent :

“The last time I saw Jesus, he’s being held by the government as a political prisoner.”

Seul le saxophone souligne la rage contenue, la colère à peine voilée d’un combat qui, en 1971, continue malgré tout.

Une telle musique aujourd’hui ne peut plus exister, elle serait brisée avant même de respirer. Black Ivory est le manifeste d’une conscience politique aïgue, celle d’une femme qui, au début des années 70 et  en deux albums seulement, réussit à me faire prendre la route et à m’égarer sur un rythme jazzy, soul et funk.

[A écouter]

Acheter l’album

[audio:http://www.shotbybothsides.org/wp-content/files/Wanda Robinson - Instant Replay.mp3]

[audio:http://www.shotbybothsides.org/wp-content/files/Wanda Robinson -The Final Hour.mp3]

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