Wake Up Dead Man

Worksongs

Ce n’est rien de dire que lorsqu’on franchit le rubicon, nul ne sait si on revient. Depuis toujours, les hommes gravent leurs destins en chantant. Pour certains, le chant, c’est leur journal, leur livre d’histoire, leur recueil de vérités qu’ils transmettent de génération en génération.  Dans ces contextes, le malfrat ou le hors-la-loi ne fut jamais en reste : rappelons-nous que le premier d’entre eux, François Villon, n’aima rien tant que de se mettre en scène et conter en vers les gueux promis au gibet.

Les Worksongs se transmirent de génération en génération, traversèrent le temps pour parvenir à nos oreilles. C’était une forme d’art participative, celle des « petites gens » qui pour se donner du courage pendant les travaux ménagers, le travail des champs, au fond de la mine, chantaient. A ce chant, mené par un homme ou une femme, répondait en écho le choeur des travailleurs. Plus qu’une prière muette, les worksongs étaient une des manifestations sensibles de l’appartenance à une classe. Si ce fil ténu a disparu de nos pays occidentaux, on l’entend encore en Asie et dans les pays pauvres. Qui n’a jamais entendu le chant des femmes vietnamiennes préparant le dîner sait de quoi je parle.

Aux Etats-Unis, les worksongs trouvèrent un écho particulier dans les prisons et surtout parmi les prisonniers noirs. Réduits souvent aux travaux forcés, ces hommes se donnaient, en effet, du courage en chantant. Cette tradition est issue des esclaves noirs qui travaillaient dans les plantations de coton et avaient reproduit une tradition africaine qui était de célébrer le travail en chantant. Dans les plantations, un esclave qui allait trop lentement ou travaillait prétendument mal, était isolé des autres et souvent puni en conséquence. Les autres esclaves, solidaires, se mettaient alors à chanter pour signifier au pauvre hère qu’il n’était pas seul et que les autres partageaient sa punition. Il n’est donc pas étonnant que les worksongs aient suivi les anciens esclaves dans les prisons et soient devenus une sorte de liant universel lors de leurs travaux forcés. Le worksong préfigurait le blues et le folk à venir. C’était un chant de l’âme et du coeur, un petit bout de ciel bleu que les opprimés chérissaient et affectionnaient.

Pete Seeger et Bruce Jackson ont immortalisé ces instants sur pellicule, je vous encourage à aller voir ce film de 30 min sur Folkstreams.

[A écouter]

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