The United States of America – s/t (Les Cultissimes Oubliés #14)

Un jour, j’ai rêvé que je passais ma vie sous les drapeaux. La main à la visière ou sur le coeur, je regardais un drapeau étranger se lever au dessus de ma tête et chantais un hymne inconnu, un mix improbable entre l’Internationale, la Marseillaise et le Temps des Cerises. Reminiscences oniriques de mon refus de devenir un troufion, d’avoir été un objecteur de conscience au service d’une ONG ? Je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai un rapport étrange avec les vieux symboles de la République, et particulièrement le patriotisme — le Service Militaire étant pour moi la quintessence de ce que je déteste le plus dans une démocratie qui se respecte. L’idée même de frontière, du rapport à la terre me laisse indifférent, voire me semble incongrue dans une civilisation qui se veut moralement avancée. Aussi lorsqu’un groupe choisit comme nom celui de son propre pays, je hausse définitivement les sourcils. Ça me fait définitivement penser aux chants patriotiques de Sardou qui pleurent sur le Connemara ou la perte du paquebot France et au dernier horrible album des Clash, This Is England. Autant dire que lorsque je posais la galette des The United States of America sur la platine, je ne partais pas dans les meilleures intentions d’écoute.
Le groupe eut une vie éphémère, une seule et simple année, histoire d’accoucher leur unique album. Circa 1967-1968 donc, The United States of America, sous l’égide de son leader Joseph Byrd, prit à contre-pied tout le cirque underground de l’époque en sortant un disque, totalement dépourvu de guitare électrique mais utilisant essentiellement cordes, orgue, mellotron et synthés de l’époque pour envelopper des chansons au caractère politique explosif. Car le groupe est à gauche, très à gauche même. Et en 1968, l’engagement politique n’était pas un vain mot, se mobiliser pour telle ou telle cause était pour certains un combat de tous les instants. L’album du groupe reflète donc l’état d’esprit d’une frange de la population américaine. Conçu comme un cycle, les dix chansons relatent avec une ironie mordante la décadence de la société américaine (The American Metaphysical Circus) en la caricaturant à l’extrême ; une douce amertume, voire une nostalgie de l’absolu, se dégage parfois lorsque le groupe se laisse aller, frôlant un lyrisme naïf, chantant l’innocence perdue (Love Song for the Dead Ché). Nimbée tour à tour de psychédélisme et de rock expérimental, cet album est un cliché photographique pris à un instant T. On y retrouve des accents de Zappa, de cette folie complètement déstructurée qui traversait comme une lame de feu les premiers albums des Mothers of Invention et une rage politique à fond perdu.
Lors de son ultime réédition en 2004, la critique sembla redécouvrir cet album, criant au chef-d’oeuvre oublié. En 2010, il l’est toujours, et certains même le trouveront complètement anachronique, ceux-là même qui croient qu’on fait une révolution avec une souris et un clic. J’ai révé un jour qu’en 2010 un groupe s’appellerait France ou Ulster, pas sûr que j’ai envie d’écouter et pas sûr que j’y fasse mon service musical.
[A écouter]
[audio:http://www.shotbybothsides.org/wp-content/files/USA-175.mp3]
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