The Sneetches – Sometimes That’s All We Have (Les Cultissimes Oubliés #31)

The Sneetches

The Sneetches

Le nombre de fois où j’ai entendu Bernard Lenoir soupiré un « Qu’est-ce-qu’ils attendent pour devenir le meilleur groupe du monde ? » doit se compter sur les doigts d’une main. Généralement, cette supplique intervenait juste avant le lancement du morceau du groupe en question, comme s’il souhaitait conjurer le sort qui s’abattait irrémédiablement sur lui. On peut reprocher beaucoup de choses à Lenoir, mais pas d’avoir soutenu avec sincérité des groupes dont on savait d’avance que la popularité ne décollerait pas du cercle attendu et fermé de quelques auditeurs acquis d’avance à la cause. Je me rappelle parfaitement que Lenoir avait lancé cette phrase pour les Inspiral Carpets et les Sneetches. Si les premiers ont réussi à percer en Angleterre grâce à leur baggy rock, les deuxièmes sont restés définitivement au rez de chaussée, regardant leurs comparses s’élever (et redescendre parfois aussi vite). A la fin des années 80, le power-pop reste toujours une affaire britannique, alors lorsque débarquent des petits américains avec du soleil plein les yeux et la rickenbacker bien en avant, la perfide albion leur rit forcément au nez et leur dit franchement que les années 60 sont terminées depuis 20 ans. Fin du premier acte.

The Sneetches

Le deuxième acte, lui, est beaucoup plus glorieux, puisque Alan McGee, patron du désormais puissant label Creation, les signe et sort leur tout premier album Sometimes That’s All We Have, l’un des tous meilleurs albums pop des années 80.  Ces treize morceaux n’hésitent pas à lorgner du côté des grands anciens que sont les Left Banke et les Zombies. Ces influences clairement revendiquées seront à la fois la force et la faiblesse du groupe, car si même nous sommes en 1989, on ne peut se retenir de chanter à l’unisson ces morceaux très bien ciselés, aux choeurs parfaits. Mais voilà nous sommes en 1989 et le Royaume-Uni n’a d’yeux que pour les Stone Roses dont l’album de même nom vient de sortir, un album dont on entend encore la déflagration sonore 20 ans après. Alors forcément le gentil album des Sneetches ne retiendra pas longtemps l’attention. Comble de malchance, Creation n’a d’yeux que pour son nouveau enfant chéri, The House of Love, dont la power-pop convainc plus facilement les critiques et les radios.

Bon an, mal an, les Sneetches continueront leurs parcours de combattant en sortant trois autres excellents albums dont un en collaboration avec Chris Wilson des Flamin’ Groovies. Les membres du groupe se séparèrent en 1995, sous le soleil de Californie, là où le groupe est né un jour de 1985, à San Francisco.

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