The Move – s/t (Les Cultissimes Oubliés #30)

The Move

Hé toi là ! Viens un peu par ici. Je parie ma chemise grise qu’en ce moment, je peux lire dans tes pensées. Tu es là, vautré dans ton sofa ou bien devant ta chaîne hifi, ne sachant pas trop quoi faire du disque que tu as entre les mains. Tu es tout de même un peu curieux, devant ledit objet, et sûrement aussi un peu tendu devant la pochette monstrueuse que tu regardes d’une moue plus que dubitative. Tu ne peux t’empêcher te dire que certes les années 60 furent les années de tous les délires, mais quand même cette pochette est vraiment hideuse. D’une main un peu tremblante, tu extirpes le vinyle de sa pochette, en marmonnant des paroles inintelligibles sur son état et pose la galette sur ta platine, te demandant si ça vaut vraiment le coup de s’angoisser au fond pour si peu. Mais, voilà tu aimes cela, écouter des trucs tordus. Bien entendu, l’alternative pourrait que tu écoutes le disque à plusieurs, en famille par exemple, avant que ta femme ne te hurle du fond de sa cuisine : « Tu peux éteindre ? ».

Et là, tu mesures toute la solitude de l’audionaute de fond. Bon, ok, je te rassure, tu n’es pas tout seul, Jeff. Moi aussi, j’ai connu cette solitude et cette angoisse. Ma dernière mésaventure se déroula lorsque cette musique gagnait haut la main la bataille des décibels dans mon salon. Mais tel un courageux petit soldat que tu es, tu recommences car comme toute bonne chair à écouter, l’ennemi ou l’Autre ne peut gagner cette guerre. Et paf, sans crier gare, tu te mets à écouter le premier album des Move (quel nom !). La DeLorean te propulse en 1968, à Birmingham, tu as des fleurs dans les cheveux et les yeux explosés (pour ne pas dire autres choses), tu donnes du Bro et du Sis à tour de bras. Man ! Tu es en plein trip flower power et écouter la musique d’alors doit t’ouvrir les portes de ton esprit et quelques chakras, au passage.

The Move,

Sauf que non cette pochette des Move est vraiment trop laide mais tu résistes avec les quelques neurones,  que le LSD ne t’a pas cramé, devant l’improbable : cet album est une petite madeleine de Proust. Et puis tu te laisses aller à écouter l’album, parce qu’après tout, tu es là pour ça et pour rien d’autres. Les Move, tout le monde a connu et puis tout le monde les a oubliés. Même lorsque tu parcours les ondes courtes, il faut que ce soit Radio Bleue ou Radio Rouge qui te rappelle le groupe à ton bon souvenir grâce à un des ces neuf tubes signés par le toujours fringuant Roy Wood. D’ailleurs, ce premier album aligne le meilleur du rock/pop psychédélique d’alors. Tu as d’abord le tube, le plus connu Flowers in The Rain, que tout le monde connait sans savoir de qui est le morceau et que tu reprends à tue-tête dans ton salon (tant pis pour ta femme, qui gueule : « Hey ! Doucement ! »). Cette chanson qui fait partie du patrimoine anglais avec son lot de scandales et d’interdictions BBC-esques, est accompagnée de 12 autres petites perles de ce qu’on appelait pas encore de pop de chambre. Résolument baroque, la production de l’album a cependant assez mal vieilli et ne peut donc pas rivaliser avec les autres grandes sorties de la même année, même si Tony Visconti est discrètement derrière aux manettes. Reste que cet album est le seul où on peut entendre le line-up originel jouer ensemble dans une communion presque parfaite. La basse du fondateur Ace Kefford encadre, avec la frappe puissante de Bev Bevan, à la perfection les compositions de Roy Wood et c’est particulièrement manifeste sur le morceau Useless Information. Ace Kefford s’en alla après l’enregistrement de cet album.

The Move enregistra encore 3 autres albums et accueillit en son sein l’affreux Jeff Lynne. Il fallut à cet homme-ci que deux albums pour changer le son du groupe et sur les cendres du groupe, créer les horribles Electric Light Orchestra. Mais cette histoire ne t’intéresse pas.

[A écouter]

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