The Comsat Angels – Waiting For a Miracle (Les Cultissimes Oubliés #12)

The Comsat Angels

Lundi. Ok… Bourré au pastis dès le matin, je te vois marcher, en zigzaguant, remontant difficilement cette rue qui nous mène chaque matin au même endroit. Tu m’avais donné rendez-vous au lieu habituel, ce café qui nous servait de repli stratégique lorsque les cours nous assommaient de leurs fatuités théoriques. Tu étais déjà bien fait, mon vieux et ton haleine empestait le ricard, cette mauvaise muse qui ne t’a jamais quitté. Te rappelles-tu que dans ce café, le patron nous laissait jouer avec son Teppaz ? Nous étions plus soucieux de ramener nos 45 tours, les écouter ensemble dans ce café, à vouloir repeindre le ciel étoilé du plafond qui se fissurait et à regarder d’un oeil vague nos cours de philosophie de l’Histoire. Ce matin-là, bourré comme un coing, tu ramenas Independance Day des Comsat Angels.

Mardi. Ok… Lorsque j’avais treize ans, Sheffield me faisait penser à Seefeld, une colonie d’autrichiens qui habitait le Tyrol, en Autriche donc. Je ne pensais pas qu’un jour, j’y passerai en dilettante et que musicalement, la ville et sa définitive tristesse grise des cheminées de l’acier m’habiteraient. Trois semaines durant, j’ai donc vécu là-bas, dans l’oeil du cyclone. Faire le tour des clubs pour voir jouer les groupes locaux, se prendre la tête avec la tête car nous faisions trop de bruit la nuit, dormir très peu et tomber sur deux membres du Comsat Angels qui se promenaient.

Mercredi. Ok… Les jours chauds sont revenus. Je transpire tellement que je passerai bien ma journée dans un bain ou à la piscine. J’ai donc besoin de fraîcheur, elle me viendra d’un disque que j’avais alors très peu écouté, le Waiting For A Miracle des Comsat Angels, un disque qui s’est toujours refusé à une écoute attentive de ma part. Explosion de tons mordorés, pluie d’étincelles neurasthéniques, fièvre serrée et esthétique tendue. Génial. Un mince sourire se dessine sur mon visage. Que reste-t-il de la chaleur ?

Waiting For A Miracle, 1980

Jeudi. Ok… Il a dessiné sur une carte son tour du monde. Très conscieusement, il a relié chaque point rouge entre eux, transformant le planisphère en dessins géométriques et ésotériques. Imaginons qu’un jour, un de nos descendants découvre cette carte, il se poserait certainement des questions quant à sa signification. Imaginons qu’Interpol ou The Editors tombent là-dessus, avec leur post-punk délavé au jus de chaussettes. Oui ce Map of The World a quelque chose de profondément ironique, mais il respire une fraîcheur qui trente ans plus tard claque encore. Un chanteur, un vrai ; une mélodie qui ne prend pas à l’envers le rond-point ; des guitares qui cinglent juste comme il faut. But it’s just a piece of paper.

Vendredi. Ok… Je suis avec toi dans ce taxi qui fonce à la Gare de Lyon. La veille, tu m’as refilé une partie de ta discothèque, en me faisant promettre de la bichonner, d’en prendre soin, blablabla. La main sur le coeur, je te le promets, croix de bois, croix de fer ; je n’avais pas l’intention de te rendre les quelques vinyles que j’avais remarqués. Je ne savais pas qu’en fait, je ne te les rendrai jamais, je ne pensais pas que tu disparaîtrais un jour quelque part en Italie. C’était un 4 juillet. Independance Day.

[A écouter]
[audio:http://www.shotbybothsides.org/wp-content/files/CA-187.mp3]
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