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Terry Reid – Bang, Bang You’re Terry Reid (Les Cultissimes Oubliés #6)
Bang bang, my baby shot me down
J’ai rarement été dans un trip de magie noire. Mais un jour, avec quelques copains, nous avons décidé de faire un truc inédit, faire une messe noire en pleine journée, avec des croix, tout ça. Nous nous étions affublés de cornes ridicules, grimés en rouge, habillés de noir… Je me rappelle encore du regard sidéré de mon père, lorsque nous traversâmes le jardin, en passant sous la fenêtre de son bureau, pour aller dans la remise du fond. Je ne sais pas mais il a cru peut-être que nous allions lui jeter un sort ou un truc du genre. Nous avions allumé des bougies et commencé nos incantations sur fond sonore bruyant, une K7 compilée par l’un d’entre nous. C’est ainsi que Terry Reid est entré dans ma vie, ou plus exactement, la crise de fou rire qui s’en suivit fut tellement énorme que pour nous calmer, Diego mit Bang, Bang You’re Terry Reid.
Quand on commence à écouter la musique de Terry Reid d’une oreille attentive, il devient vite apparent qu’il y a quelque chose qui relève de la magie noire ou du vaudou dans cette musique. J’ai des souvenirs très précis d’avoir pensé à la première écoute à la vie sur terre, à toute la machinerie d’une civilisation post-chrétienne qu’une telle musique induirait. Est-ce la reprise très blues du morceau de Donovan, Season of The Witch qui par un fantasme de Jugement Dernier, me remuait les tripes ? Ou bien est-ce l’intro de Writing On The Wall, construit autour d’une voix en ascension constante, qui me fit comprendre que ce musicien essayait de donner de fausses directives à une génération de musiciens surdoués ? Difficile dans les années 80 d’avoir des réponses, on ne parlait pas de Terry Reid alors. Je laissai donc mes questionnements en suspens, oubliai ce musicien et découvris très rapidement que l’Enfer, c’était en fait moi-même.
J’aurais pu complètement oublier cet artiste et passer à autre chose. Mais il faut croire que nous avions mal éteint les bougies cette après-midi là et l’incantation lancée par pure rigolade me toucha d’une façon ou d’une autre. On me légua quelques disques de Diego, mais longtemps je refusai d’y toucher. Ses disques restèrent donc dans un carton que je redécouvris à l’occasion d’un déménagement.
Bang bang, my baby shot me down
L’alcool aidait un peu. Un tout petit peu. Mais si grande soit sa réputation, l’alcool ne vous sauve pas de l’ennui profond de la France profonde : il vous faut quelque chose qui fasse table rase de tout ça, une drogue qui vous transporte plus loin que tout, un vrai aller simple. Cette drogue peut être une connerie de style écouter une vieille K7 qui pourrit au fond d’un carton et enfin connaître les réponses à l’univers et au dernier restaurant avant la fin du monde. La vie de Terry Reid fut une source d’hallucinations pour moi. Compagnon de route de Cream en concert, il refusa l’offre de Jimmy Page d’entrer son nouveau groupe et lui conseilla plutôt d’engager le jeune Robert Plant. On connaît la suite. Il réitira la même erreur quelques années plus tard en refusant de remplacer au chant Rod Evans chez Deep Purple. Là aussi, on connaît la suite. Soit ce mec était trop imbu de lui-même, sûr de son talent et donc de son destin, soit il était complètement aveugle et ne mesura pas l’impact de son travail sur une génération dorée de musiciens surdoués.
Bang bang, my baby shot me down
Bang, Bang You’re Terry Reid, ou lorsqu’un musicien invente en une poignée de chansons ce que Led Zeppelin creusera un an plus tard avec le succès que l’on sait. Quinze ans plus tard, j’ai moi-même ressenti le poids de cette vieille incantation, prisonnier à nouveau dans la vieille remise de mon adolescence, à écouter les échos d’un chanteur qui avait les accents d’un Robert Plant avant l’heure, à rire avec un fantôme de nos litanies zélotes et idiotes. Vingt ans plus tard, moi aussi, j’écoute à nouveau ta musique, Terry Reid, dans mon propre salon, histoire de faire passer une mauvaise journée avec une musique envoûtée, marquée par ton innocence d’alors qui t’a fait rater la plus belle carrière qui soit. Tu ne seras jamais Mick Jagger, à faire des petits sauts de cabri sur scène ; tu ne seras jamais Roger Daltrey, à exécuter des grands moulinets avec ton micro ; tu ne chanteras jamais Smoke On The Water de Deep Purple. Non, tu restes un type génial que les générations futures ont oublié. Un type qui a voulu rester dans son coin mais a oublié d’éteindre la lumière en partant. Manque de bol, trois types grimés de rouge, avec des cornes et habillés en noir entrèrent un jour et jouèrent avec le Gri-Gri de ta solitude.
[A écouter]
Terry Reid – Secret of The Witch
[audio:http://www.shotbybothsides.org/wp-content/files/Secret of the Witch.mp3]
Terry Reid – Writing on The Wall
[audio:http://www.shotbybothsides.org/wp-content/files/Writing on the Wall.mp3]
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