Tags

Related Posts

Share This

Sur un air de Saudade…

Saudade by FirstLadyPatate

Voilà l’exemple parfait où la musique est au service du film. J’ai découvert ce film, je m’en souviens comme si c’était hier, sur Canal. En pleine nuit, une insomnie, la télécommande à la main, je passe les chaînes les unes après les autres et je m’arrête sur une chroniqueuse (dont le nom m’échappe) qui lance ce film. J’entends des mots qui accrochent mon attention : « Sundance », « Deauville », « B.O. qui offre un voyage ».  A cette époque, en pleine nuit, on me promet le voyage assis dans un fauteuil, je me dis pourquoi pas.
Et ce film m’a tenu éveillé et m’a charmé.
Le pitch est somme toute des plus banals : « Une jeune infirmière de nuit, Erin, vient d’être quittée par son petit ami. Sa mère, bien intentionnée mais envahissante, passe une petite annonce. Sa fille, consternée, lui répond qu’avant de chercher un compagnon, elle cherche à se retrouver elle-même. » Je trouve ce film malin par le scénario, tout comme la mise en scène. Les deux protagonistes qui finiront ensemble (ce n’est pas une surprise) ne font que se croiser et on jubile à chaque rapprochement entre les deux vies. Mais là où il est épatant et m’a touchée, c’est dans le choix de la bande-son totalement brésilienne. Cette bossa nova n’a à première vue aucun lien avec les images. L’action ne se déroule pas au Brésil mais dans une ville urbaine bien américaine. Aucun rapport à première vue avec les images, sauf que… Brad Anderson, le réalisateur, raconte qu’il est parti du mot « saudade ». Saudade, mot portugais qui se traduit à peu près par la mélancolie mais implique également une sorte de nostalgie d’un bonheur qui n’est plus à la portée de main. C’est la tristesse et le bonheur en même temps. Brad voulait que le personnage d’Erin incarne cette saudade, cette émotion mixte. Ce contentement de la solitude avec un désir de camaraderie qui fait de son voyage pour trouver l’homme de sa vie un moment convaincant et drôle à la fois.
Là où le réalisateur a eu du génie, c’est dans le choix du compositeur : Claudio Ragazzi qui a représenté à merveille cette saudade. Il a su, à chaque instant, trouver la musique qui correspond à chaque scène. Je crois que ce film ne m’aurait pas autant marqué sans Bebel Gilberto, Astrud Gilberto, Tamba Trio, Elis Regina, Marcos Valle, Antonio Carlos Jobim, Walter Wanderley. Cette musique donne au film, renforce même cette légèreté dont les comédies dites romantiques manque cruellement parfois. Ce film raconte divinement bien l’histoire ordinaire de gens ordinaires avec un savant mélange de justesse, de poésie, de magie pour susciter l’intérêt jusqu’à la scène (prévisible) finale, bouleversante d’émotion et de simplicité.
C’est ainsi que la musique brésilienne a fait partie de ma vie et restera dans ma vie.
P.S. Une autre chose que le film m’a apporté provient d’une scène. A un moment, Erin, la protagoniste qui est une lectrice assidue, fait tomber par hasard dans une librairie un livre. Ce dernier est ouvert par terre. Elle le ramasse et au moment de le refermer, le propriétaire l’empêche de fermer le livre, en lui disant : « You should never close a book until you’ve read something from it. It can be very revealing »  (« vous ne devriez jamais fermer un livre sans en avoir lu quelque chose. Cela peut être révélateur »). J’aime beaucoup cette idée. Essayez de le faire.
Next Stop Wonderland (1998)
Director: Brad Anderson
Sundance Film Festival : Grand Jury Prize, Nominated (1998)
National Board of Review, USA : Special Recognition, Won (1998)
Deauville Film Festival : Audience Award, Won ; Grand Special Prize, Won (1998)
Chlotrudis Awards : Chlotrudis Award, Nominated (1999)
Soundtrack : Claudio Ragazzi

[A écouter]

Popularity: 2% [?]