Slow Decay

Cela aurait pu être un voyage comme un autre. 400 km sur l’autoroute, Elle à côté, le chat à ses pieds, un peu de musique pour tuer la monotonie. Mais cette fois ci, j’avais un autre passager sur la banquette arrière. Son père.

Les deux ne sont pas français. Ils discutent dans leur langue, à bâtons rompus – plus naturel pour eux, après tout. Je n’y prête pas très attention, je ne comprends que par bribes. Et puis le silence s’installe progressivement dans l’habitacle. Un coup d’oeil dans le rétro. Je le vois le regard dans le vague, vers l’extérieur. Les yeux légèrement embués.
Il nous expliquera plus tard avoir été touché par ce qu’il voyait. Les champs, les villages, les forêts… Propres, entretenus. L’inverse de son quotidien.

De son pays nous ne conservons généralement que quelques clichés. Sylvie Vartan, le yaourt, les parapluies. Une affaire d’infirmières aussi. Et parfois, des histoires glauques à base de mafia, de prostituées très jeunes, de trafics d’organes ou d’humains.
Sur place, ce que j’y ai vu – ce qu’il y voit chaque jour – fait souvent peine à voir. Des bus ahanant dans les côtes et crachant d’épaisses fumées. Des poubelles débordantes et des décharges sauvages. Des infrastructures, des bâtiments et des monuments entretenus avec les moyens du bord ou pire, laissés à l’abandon, par manque de moyens. Et des complexes industriels laissés en l’état après fermeture, même pas démantelés, rouillant chaque jour un peu plus et laissant s’échapper de fort sympathiques matières toxiques.
Tout n’est pas noir heureusement – ce qui est neuf, propre et bien géré surprend tout autant que ce qui pourrit petit à petit. Et pas question non plus d’asséner de manière brutale et manichéenne : « Regardez comme c’est moche là-bas et chouette chez nous ».

Sa réaction ne m’a pas surpris. Il aime profondément son pays, a cru en ses idéaux et le voit aujourd’hui déstabilisé par des changements politiques et économiques profonds. Son environnement quotidien s’en retrouve bouleversé. Et s’il ne prête plus attention à certains détails – par lassitude ou par routine -, ceux-ci lui reviennent, plus violemment, au moment où il s’y attend le moins.
Mais même si ses compatriotes ont des préoccupations plus importantes, il ne perd pas espoir. Aujourd’hui, il voit aussi les mentalités changer, il sait n’est pas le seul à vouloir un cadre de vie plus accueillant. Recyclage et nettoyage, fonds européens pour l’aménagement et l’entretien d’infrastructures, progression de l’éolien et du solaire, initiatives citoyennes, ça bouge.
Il reprend espoir. Et ça me touche.

[A écouter]

[audio:http://www.shotbybothsides.org/wp-content/files/Spirit - Fresh Garbage.mp3]

Crédit Photo Linda Ferrari

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