Skin – Shame, Humility, Revenge (Les Cultissimes Oubliés #4)

 

Nous aurions pu prendre ensemble des chemins de traverse, hésiter sur la direction à suivre et ne pas se perdre pour autant en cours de route. Cet homme-ci et cette femme-là font partie de cette rare catégorie d’artistes à n’avoir jamais déçu leurs fans, même lorsqu’ils prirent quelques libertés avec leur groupe d’origine. 

The World of Skin.

The World of Skin qui se raccourcira très vite en Skin. Plus sec, moins engageant mais qui ne ressemblera en rien à une peau de chagrin.

Déjà en choisissant ce nom, nous devinons, sans peine, que l’univers, dans lequel nous allons pénétrer, ne sera pas rose, pépiant et primesautier. Non, Skin sera le jumeau encore plus sombre, plus noir du premier groupe… Si cela était encore possible. Oui, car si avec Swans, Michael Gira et Jarboe tissaient une toile sonique et sombre, avec les autres membres du groupe, ils décidèrent cette fois-ci, et à deux, d’explorer une des facettes que nous entendions  déjà sur leurs albums mais avec parcimonie, le dark folk. Michael Gira prend les commandes vocales des dix chansons qui composent l’album, Jarboe jouant les contrepoints en tissant des mélopées harmonieuses autour du chant de Gira. Là où généralement Swans nous prenait à la gorge avec ses prises telluriques, les premières secondes de l’intro de Shame, Humility, Revenge, nous enveloppent dans une toute autre ambiance. Plus noire, plus sombre ai-je dit en préambule. Chez Swans, la musique est constamment en rupture, au bord du gouffre, nous nageons souvent dans le purgatoire de la musique industrielle, le cri des âmes damnées étant à peine étouffé par le chant gargantuesque de Michael Gira et celui faussement mutin de Jarboe. Sur cet album, l’orchestration prend de l’ampleur, place des instruments dont nous n’avions pas l’habitude d’entendre aussi distinctement – ici un shehnai et là des cordes – et nous sommes surpris par certaines harmonies. Même si le son si caractéristique de la guitare de Gira – sèche, froide et métallique – manifeste sa présence, il rompt avant tout une écoute qui pourrait devenir vite confortable, mais ne déstructure en rien les titres.

 

Mais ce qui est avant tout remarquable, est d’entendre presque pour la première fois l’étendue vocale de Michael Gira, une belle voix de basse, qui accompagne plus qu’elle ne brise. Nous sommes loin du chant originel de Swans, un cri primal, ou animal selon, qui sortait des entrailles de la Terre. Non, ici, grâce notamment au choeur pythiesque de Jarboe, Gira nous entraîne dans l’envers des Contes de Mille et Une Nuits, Il y devient l’alter égo de Shéhérazade. Il ne nous raconte pas des histoires pour sauver sa tête, mais pour nous piéger dans un maelström d’émotions fortes. Gira nous chante la mort, sous toutes ses facettes. Nous avions dompté, tant bien que mal, son chant maladif avec Swans mais là que ce soit sur 24 Hours ou en encore One Small Sacrifice, c’est une invitation claire à goûter aux amours tordus et aux souffrances qui l’accompagnent.

Le side-project de Gira et Jarboe durera le temps de trois albums, trois petits bijoux d’une beauté sépulcrale à couper le souffle. Cette expérience musicale n’aura pas été vaine, puisqu’elle préfigurait le futur virage artistique de Swans avec The Burning World et bien entendu, ce grand album oublié et non re-publié à ce jour, leur White Light From The Mouth of Infinity. Shame, Humility, Revenge aura été un chemin de traverse pris par un gentleman musicien et sa muse d’alors. Chemin de traverse dont nous pouvons suivre les traces à peine effacées du bout des doigts jusqu’au We Are Him des Angels of Light.

[A écouter]

Acheter l’album

 

Popularity: 13% [?]