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Temps variable. Température estivale. Ayant pas mal voyagé, je me suis toujours imaginé en train de relier les points, entre eux, de mes différentes destinations. Le quadrillage ainsi imaginé repoussait les limites des frontières et réinventait une planisphère. Mes lignes imaginaires me renvoyaient l’image de ces légendes oubliées, des grands voyageurs, de Marco Polo. Qu’elles soient mornes, grises, molles, inspirées ou enjouées, elles me prédisposaient à de nouvelles aventures et à partir vers d’autres contrées. Des sons, j’en ai donc entendus. Des stridents, des aigus, des accentués, des nasaux, des bétonnés, des électrifiés, des allumés, des graves, des doux, des chantants, des mélodieux…  et des sons invisibles, ceux que mon esprit a capté mais pas mes oreilles.

Vent. Lune ronde. J’ai passé ma nuit à les poursuivre, à les traquer sans relâche, le casque vissé aux oreilles, micro et DAT ouverts. Le sifflement de la nuit a quelque chose d’oppressant, comme si l’absence de lumière donnait naissance à un monde aux sons clairs. Le vent emporte plus facilement les échos et on peut se retrouver rapidement en haut d’une crête, à scruter les bruits d’une vallée, née dans ce monde parallèle.

Pluie. Temps variable. Je n’ai guère aimé me perdre dans cette mangrove. La chemise et le pantalon qui me collent à la peau forment une deuxième peau qui me démange de plus en plus fortement. Ici, je suis en terrain hostile. Quelques minutes plus tôt, un serpent est tombé d’une branche à quelques mètres de moi. Je me rappelle du conseil d’un de mes amis : dans la mangrove, tu te promènes avec un bâton et tu fais du bruit. Les vibrations font fuir les serpents et d’autres animaux. Ok. J’ai oublié cette recommandation. Mais à cet instant précis, les sons de la mangrove m’assaillent autant que les odeurs et la chaleur. J’ai envie d’une douche et de ne plus porter mon matos d’enregistrement. Puis cette pluie chaude, brutale, mon instinct gaulois se réveille et je murmure : « le ciel me tombe sur la tête et je ne peux l’enregistrer. »

Laos. Attapeu. Et j’entends le chant des femmes qui s’activent dans les rizières. Dans quelques heures, je quitterai l’Asie du Sud-Est pour revenir en Europe. J’ai dans la sac à dos le livre de Marco Polo que j’ai à peine ouvert. Il pèse son lot de lettres et je sens un de ses coins me labourer légèrement la peau. Je referai mon sac tout à l’heure, j’écoute une dernière fois ce chant sûrement traditionnel, que je n’entendrai dorénavant que par la pensée.

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