Polyrock – S/T (Les Cultissimes Oubliés #20)

Polyrock

New-York, 1980. Beaucoup de groupes s’amusaient  au petit jeu du « je te pousse, me voilà ». New-York, 1980. Le monde est-il prêt à accueillir un deuxième Talking Heads ? Un Talking Heads avec un autre cuisinier en chef, plus chevelu ? A l’époque, comme tout était possible, la réponse est forcément oui, à une nuance près. Polyrock est l’archétype du groupe new-yorkais très talentueux, du genre premier de la classe qui ne se démonte pas devant les grands, déjà glorieux et bien installés dans l’imaginaire collectif. Mais contrairement à leurs comparses new-yorkais, Polyrock ne creusera pas le sillon bruitiste et no-wave. Leur truc à eux c’est la musique minimaliste,  à la Philip Glass, du son répétitif à souhait. Polyrock servira donc une alchimie bizarre et sèche, une musique qui mélange le grain de folie des Talking Heads, très présent sur un morceau comme Sound Alarm et une jangle-pop très répétitive qui fait penser parfois au Crazy Rhythms des Feelies. Secouez très fortement tout cela et vous obtiendrez un premier album pas piqué des vers, où pour une fois la basse et la batterie ne sont pas mises en avant, non place ici au piano et au synthé, l’un des instruments de prédilection du leader, Billy Robertson. Cette audacieuse combinaison fera que Polyrock trouvera très rapidement son Brian Eno en la personne de… Philip Glass.

Polyrock, 1980

Le compositeur fera plus que produire puisqu’il participera comme guest-star de luxe à cet album. Il recommencera l’expérience sur le tout aussi excellent deuxième album du groupe, Changing Hearts. Et de fait, ces deux albums peuvent entrer dans la discographie de Philip Glass, tant on sent que Polyrock est un peu sa chose. Une chose rigolote, atypique sur le fond et pourtant définitivement bien américaine. Rappelez-vous, nous sommes en 1980, une année charnière pour le rock underground d’alors, l’année (entre autres) où les Feelies sortiront aussi leur premier album, idem pour le Closer de Joy Division, le deuxième album des Specials, le Correct Use of Soap de Magazine… La concurrence est donc de haute volée et pourtant Polyrock tirera son épingle du jeu puisque la critique sera unanimement positive et que le single Romantic Me / The Dragging Feet fera un parcours très honorable dans les charts Indés. Le groupe se séparera en 1982 et entretiendra un aura particulière, jusqu’à faire naître une tenace rumeur sur un hypothétique troisième album, enregistré dans la foulée du deuxième. Encore aujourd’hui, certains forums se posent la question.

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