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Plush – Fed (Les Cultissimes Oubliés #8)
Je me souviens tout juste d’avoir acheté ce disque. Il est resté longtemps sous son plastique. Je me souviens d’avoir eu le coup de foudre pour la pochette. Une rencontre se réduit parfois à presque rien et parfois, à un oubli. Je n’ai découvert ce disque que deux ou trois ans plus tard, au hasard d’un rangement compulsif. Et comme toute découverte, je n’ai su l’histoire du disque que quelques mois plus tard.
L’album étant sorti en 2002, dans une indifférence quasi-générale, son destin devait qu’il reste toujours ainsi dans l’ombre, en 2006 sûrement et peut-être en 2011. Tous ceux et celles qui suivent Will Oldham dans ses diverses pérégrinations depuis 1993, savent qui est Plush. Il s’agit de Liam Hayes, le porteur d’eau et clavier de Palace Music. De même, les fans de High Fidelity reconnaîtront le gars qui jouait Soaring and Boring. Le petit gars de Chicago fut atteint néanmoins d’une folie des grandeurs en voulant enregistrer son Smile à lui. Mégalo, perfectionniste ? Sûrement, un peu. L’histoire de cet album ne ressemble à rien, si ce n’est dans sa tentation ultime de créer une oeuvre hors-norme, un disque d’anthologie, mû par un désir qui doit tout à une certaine folie. Fed est le désir violent d’un artiste, un objet tellement voulu qu’il usa quelques ingénieurs de son lors de sa réalisation (dont Steve Albini). Cogité, construit, déconstruit, il remit plusieurs fois l’ouvrage sur le tapis. On est étonné alors qu’il ne mit que six ans à le (re)composer, tant la douleur dans sa quête du son parfait devait être grande.
Douleur qui traverse tout le disque comme une mélopée inachevée. Ce Fed-là n’est pas un disque heureux, il ne sent pas le bonheur et encore moins la grâce symphonique qu’un Brian Wilson aurait su insuffler pour donner un peu de légèreté. Non, il faut regarder du côté d’un autre grand ancien, Scott Walker, pour mesurer l’influence du britannique sur le jeune américain. La mélancolie qui traverse Fed nous fait penser aux premiers disques de Scott Walker, lorsque ce dernier, tous cuivres dehors, nous chantait de sa voix de baryton des histoires à la Burt Bacharach, les pieds solidement plantés dans un brouillard bien anglais. Grandiloquence et rutilance donnent le tempo dès les premières notes de Whose Blues. Et s’ensuivent quatorze morceaux où Plush égrène un chapelet, son propre credo de la pop orchestrale. La voix de faux falsetto de Liam Hayes prend parfois des accents d’Elvis Costello, c’est particulièrement frappant sur le deuxième morceau, I’ve Changed My Number, morceau particulièrement faible au demeurant. Car, Fed a la particularité pour un album accouché dans la douleur d’alterner l’anecdotique et le sublime. Le sublime, ou en l’état la grâce absolue, s’écoute sur le très soul So Blind et notre coeur joue les montagnes russes lorsqu’il aborde, insouciant, le sixième morceau No Education, magnifique chanson où la voix poignante de Liam Hayes se fraye un chemin dans un désespoir tragique. L’apparente surproduction du morceau n’est qu’un jeu de miroirs qui compensent un chant qui glisse de limbes en limbes pour se heurter à une tristesse qui semble de plus en plus infinie.
Fed, malgré ses rivières dorées de pianos, de cordes et de cuivres, est un disque que l’on ne peut aborder que par sa face nord. Tout raccourci nous laisserait au seuil de ce disque. Il ne se déguste pas à la va-vite, dans le bruit du métro ou en mode shuffle. Fed est un disque qu’on écoute comme on prend son temps, il faut savoir l’apprivoiser dans l’intimité de son salon, ne pas laisser échapper ces notes qui vous filent entre les doigts. Fed est un disque qu’on écoute dans un entre-deux, en apesanteur, dans une eau amniotique.
[A écouter]
Popularity: 6% [?]





















Très classieux les arrangements. Une question m’assaille, est-il arrivé à faire d’autres disques depuis ?
Oui il a sorti un album en 2009, Bright Penny, que je n’ai pas écouté. On trouve cet album sur Spotify. http://open.spotify.com/album/1AWlqgXoN5trpLYvVnq7Bz