My London Midnight with Big Black

Big Black

In the perfumed garden, I was lost.

Longtemps, j’ai pu espérer écouter les Peel Sessions directement à la radio. Il suffisait de regarder de l’autre côté de la manche, d’avoir un bon poste radio et roule BBC 1. Longtemps, je me suis dis qu’un jour je me replongerai dans ces incunables et laisserai mon imagination vagabonder à nouveau.

10h21 Tant de soleil ce matin sur Paris. Il est prévu que mes pas me conduisent à ma gargote préférée en haut de la Butte aux Cailles, cet endroit de Paris que les bourgeois ont eu la bonne idée de fuir. En face, il y a le tatoueur du quartier, celui qui me fait signe de la main lorsque, par hasard, il lève la tête de son ouvrage. J’ai quelques oeuvres de lui sur le corps. Dans 5 heures, je m’envole pour Londres. Mon crâne fraîchement rasé, mon bombers retourné, je suis le roi de mon monde. Songs about fucking. Je ris de ma connerie.

12h36 De retour dans ce qui me sert de dortoir. Un appart’ partagé à plusieurs. Je ne suis pas sûr d’y revenir, j’emballe donc les quelques affaires que je possède, ne dit mot en sortant à l’armada d’individus qui squatte ce qui fut un jour sans doute un appartement. En bas, j’entre dans une cabine téléphonique avec le sentiment urgent que je dois appeler mon grand-père. Le téléphone sonne, sonne… dans le vide. Je ne l’aurai pas aujourd’hui. Je ne savais pas non plus que je ne l’aurai jamais plus au téléphone et ne le reverrai jamais. Dead Billy. Je ris encore de ma connerie.

14h56 Il savait désormais où il allait. Il savait que le dernier jour de l’automne était le meilleur moyen de s’envoyer en l’air. Il avait l’embarras du choix des armes mais tenait à le faire avec toute la dignité dont il pouvait faire preuve. Cet après-midi, il n’était pas le roi de la promo et jouait à se faire peur. Il regardait les pilules de Dopa avec un air écoeuré. I am a horror.

15h13 L’avion décolle enfin. L’avion me libère de l’attraction terrestre et je me sens léger dans mon nouveau costume. Le casque vissé sur le crâne, je fais fi des nouvelles lois de la bienséance. J’étends mon domaine de lutte en allongeant jambes et en posant mon sac sur le siège gauche. L’avion est vide, nul emmerdeur viendra me taquiner les côtes de ses coudes pointus. Nulle vieille viendra me monter les photos de Médor et de ses petits-enfants. A cet instant précis, j’écoute la Peel Session de Big Black and I’m not a whore.

[A écouter]

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