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Mekons – Fear and Whiskey (Les Cultissimes Oubliés #1)
I was out late the other night
Fear and whiskey kept me going
I swore somebody held me tight
But now there’s just no way of knowing
Cette voix au timbre éthylique, ce violon crasseux et larmoyant… La vérité dévoile son linceul d’amertume : vous vous rendez compte que vous êtes dépressif, légèrement paranoïaque et haïssez réellement l’univers entier. Vous avez 17 ans et le monde vous emmerde déjà avec une force puissance 10000. Votre seule bouée de sauvetage se trouve être à ce moment précis, ce titre Chivalry des Mekons et un seul désir vous étreint, celui de vous procurer ce disque au plus vite.
Un jour, vous avez 34 ans, en 2002, et si possible un jour de janvier. Ce jour-là, vous apprenez que le Fear and Whiskey des Mekons vient d’être réédité. Vous avez 17 ans à nouveau et vous vous souvenez de cette période troublante où pas très bien dans vos baskets, vous vous demandiez que ce serait pas mal de crever avant vos 30 ans, histoire de ne pas être original et d’être vite oublié. Vous évitez Chivalry, car vous savez quel effet cette chanson aura sur vos nerfs. Non, vous passez directement à la chanson Hard To Be Human Again. Vous vous retrouvez dans cette chanson, à l’urgence toute relative. Mais tout comme Chivalry, ses paroles désabusées vous prennent à la gorge, vous ne pouvez décidément pas échapper à l’ambiance de fin du monde de cet album. Vous avez 34 ans et ce n’est plus le Live Aid qui vous occupe l’esprit ; non, c’est l’omniprésence de Donald Rumsfeld dans les médias et l’envie de lui balancer toutes les bouteilles de la terre à sa gueule de mécréant pour qu’il la ferme ; le 21 avril n’a pas encore eu lieu et Sarkozy n’envahissait pas les écrans de sa présence névrotique ; mais bordel oui en ce mois de janvier, il était difficile de croire en l’être humain. Fear and Whiskey agit toujours comme un détonateur ; il y est question de peur, de bombes, de whiskey, d’alcool ; un album effrayant lorsqu’on l’écoute dans un état normal.
Des Mekons, je ne connais pratiquement rien et il en est de même 21 ans plus tard. J’ai oublié que Simon Reynolds leur a consacré un large passage dans son Rip It Up and Start Again. Je me souviens à peine que ce groupe à la géométrie variable venait de la même université que les Gang of Four et Delta 5.
De même, apprendre que ce disque deviendrait, un jour, un monument du post-punk (ce qu’il est) et au tableau de l’histoire du rock, accrocherait le titre de premier disque alt-country me laisse relativement froid. Tout ce que je sais des Mekons tient dans cet album et ses dix chansons qui ont traversé, immuables, le temps. Dix chansons d’une tristesse infinie, portées par la voix de Tom Greenalgh, le seul qui est capable, avec Mark E. Smith et Paul Westerberg, de chanter à fleur de peau de telles chansons. L’affect joue une part prépondérante lorsqu’on aborde ce disque, on peut très bien être laissé en bord de route et voir passer les chansons sans que cela ne vous touche le coeur et l’esprit.
Il aurait fallu qu’en ce jour de juillet 1985, je puisse avoir eu la présence d’esprit d’évacuer d’un revers de la main la triste sensation qui m’assaillit alors. Mais aurais-je vraiment résisté, surtout à cette dernière parole qui clôt la face A “There’s got to be one breath after which there doesn’t come another” sur Psycho Cupid ?
Aujourd’hui, Fear and Whiskey est devenu un disque compagnon, un disque témoin d’une époque. Fear and Whiskey est l’album de toutes mes déroutes et de mes doutes, tatoué à jamais dans mon coeur ; le disque que j’emporterais sur Mars pour le jeter à des martiens trop ricanants. Fear and Whiskey, le doute est ici permis et vous ne l’emporterez pas au paradis, mais au purgatoire. Définitivement.
[A écouter]
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Grandiose
Géniale idée que « Les Cultissimes Oubliés », bravobravo.
Merci pour cette découverte sublissimme !
Parfait pour un lundi matin.