Little Nemo in Beachland

Little Nemo

Qu’est-ce-qu’on inventait pour s’amuser sur cette plage ? Eh bien, plein de choses, et on aurait fait encore plus si la marée haute n’était pas venue troubler nos nombreuses espiègleries ou si, toi, tu n’avais pas pas été si lamentable, incapable de tenir ton sérieux ; mes nombreux éclats de rire ne changeaient rien au fait que nous étions incapables de garder notre sérieux. L’objet de notre blague était de toujours repeindre ces quelques vieilles cabanes de plage ou de planquer invariablement les affaires des quelques vieilles rombières qui s’étalaient sans pudeur sur notre plage. Te rappelles-tu les quelques crabes qu’on glissait dans leurs sacs ou leurs écharpes qui volaient au vent comme par miracle ?

Te souviens-tu que nous aimions nous moquer du Petit Marsouin, voyageur intransigeant qui, de sa vieille barque, aimait nous lancer quelques projectiles quand nous approchions de trop près. Il nous a fallu beaucoup de souffle et un trou plus loin, il revenait à la nage, pestiférant contre les jeunes voyous que nous étions. Mais le pas vu, pas pris nous a de nombreuses fois sauvé la mise. Il n’en fallait pas plus pour que nous nous considérions comme les rois de la plage et du rivage. En notre royaume, nous étions maîtres des éléments : le vent, la mer, le sable… Tout ce petit monde nous obéissait. Il suffisait d’un regard pour que la matière se transforme en terrain d’expérimentation ou de jeu. Avec ton chapeau vissé bizarrement sur la tête et tes lunettes constamment ensablées, tu avais un air de Dr Maboule qui ne se laissait pas compter d’histoires sur son coin de rocher. Si tu n’avais pas été mon ami, je t’aurai certainement lancé quelques poignées de sable et autres moqueries à la figure. Plus fort, plus costaud que toi, je t’aurai sans doute foutu une raclée, mésestimant ta force. Tu aurais voulu être un explorateur des océans, tu rêvais les yeux ouverts à cet horizon lointain qu’on ne touche jamais du doigt mais que l’on devine à force de plier les yeux. Tu étais Nemo et le Capitaine Achab, pointant de ta jeune hargne, ce monde qui en bord de mer dégénérait, partait en déliquescence, parmi le sable mouvant et les galets polis.

Les jours d’août se suivaient mais ne se ressemblaient pas. Qu’est-ce-qu’on inventait pour s’amuser sur cette plage ? Eh bien, plein de choses, et sur notre île mystérieuse, rien ne semblait venir troubler notre quiétude espiègle, jusqu’au jour, une écharpe eut le malheur de voler trop bas et dans le mauvais sens.

[A écouter]

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