L'année 2005, s'il en est (part I)

GravenhurstFires In Distant Buildings

Si Devendra Banhart a pu se rêver en héritier de Nick Drake, on sait, depuis, que l’illusion n’aura duré que le temps d’un album. Ce n’est pas le cas de Nick Talbot alias Gravenhurst. En une poignée d’albums, ce gars a réussi à démontrer qu’il était un petit génie, une sorte de Nick Drake égaré dans une cave post-rock. Que ce soit en acoustique ou en accélérant le tempo, l’anglais a aligné, avec une facilité et une sincérité déconcertantes, ces dernières années, quelques unes des plus belles chansons de cette décennie, comme en témoigne ce The Velvet Cell sur ce brillant second album. Nick Talbot est largement méconnu du public et pour ses fans (dont je fais partie), c’est un drame permanent, surtout lorsqu’on voit le nombre de branquignols à la tonne qui se déverse sur nos rivages musicaux, chaque année. Et si cette décennie mourante ne devait avoir révélé qu’un seul et unique artiste majeur, ce serait lui et uniquement lui. Voilà c’est dit.

[A écouter]

Gravenhurst – The Velvet Cell

Antony and The JohnsonsI am a Bird now

The Crying Light est passé à la trappe, cette année. La grandiloquence de ce troisième album nous aura fait oublié qu’en 2005, nous portions tous en choeur Antony Hegarty et sa sensibilité à fleur de peau. Il aura été l’artiste d’un temps, celui de revoir la bonne vieille pomme reprendre à son compte le digne héritage de ces artistes toujours à la limite de la décadence la plus pire. L’adoubement de Lou Reed était un signe. Trop facile ? Oui certainement. Reste que 4 ans après, la magie de I am a Bird now opère toujours et que sur scène, ce gars sait toujours donner la chair de poule. Son talent est d’ailleurs certainement là, savoir donner, avec cette incroyable voix, une existence palpable à ses compositions, en live. Que ce soit My Lady Story ou Hope There’s Someone, les larmes viennent aussi facilement aux yeux. Et pour ça, on peut dire merci à Antony Hegarty. Oui, merci.

[A écouter]

Antony and The Johnsons – My Lady Story

Nits – Les Nuits

Ceux et celles qui me suivent sur Twitter savent que je porte aux nues le groupe hollandais. Sur disque ou sur scène, le désormais trio est un groupe hors-norme et hors-catégorie. Aussi écrire sur eux est pour moi une gageure. 1974, leur précédent opus, avait quelque peu déçu les fans de la première heure. Aussi lorsque sortit Les Nuits, on craignait que le groupe se soit perdu sur des chemins irrécupérables. On n’attend pas des Nits qu’ils nous sortent un album révolutionnaire, non juste un disque classe. Et dans un registre pop hyper balisé qui nous charrie son lot quotidien de merdes incroyables, sortir un album classe relève du défi permanent  - ou du coup d’état permanent, selon. Ce nouvel album des Nits dévoile un univers feutré, sobre, intime. La mandoline de The Eiffel Tower esquisse et lève à peine le voile sur un des morceaux les plus troublants de l’album. L’équivoque The Hole trouble l’auditeur par son chant triste et par cette capacité du groupe à emballer n’importe quel morceau dans du papier de soie. Il est fort à parier que quelques tâcherons de la pop tueraient père et mère pour posséder une once du génie de la bande à Henk Hofstede et vendraient leur âme pour créer des chansons de la classe de Les Nuits. Manque de bol pour eux, la place est déjà prise et tant mieux.

[A écouter]

Nits – The Eiffel Tower

Lau NauKuutarha

Si vous ne le saviez pas encore, un pays s’est révélé musicalement en cette décennie 00′s. Oui qui aurait pu douter qu’en 2005, sous nos yeux ébahis, la Finlande se positionne comme la terre promise des folkeux timbrés ? Depuis, chaque année, et sous le regard attentionné du label Fonal, le nouvel El Dorado de la new weird scene nous livre une incroyable Acid Folk des temps modernes. Lau Nau est une de ces petites fées, mutines, qui, en cette année 2005, aura retenu mon attention en compagnie de ses compagnons, Paavoharju et Islaja. En voilà un drôle de petit monde qui s’amuse à faire de la musique de forêt avec trois bouts de branches, une guitare et un violon désaccordés. Alors ici pas de chant choral ou de voix éthérée, non on croirait que le pays des Fées a plutôt ici une gueule de bois monumentale ou s’est transvasé dans une chambre à écho. Le charme vient de ce décalage complètement suranné et de la délicieuse impression que ce chant des bois est en fait un cri silencieux.

[A écouter]

Lau Nau – Tulkaa

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