L'année 2002, s'il en est (part II)

J’en finis avec cette année 2002. Dans la volupté, si possible.

Bohren und der Club of GoreBlack Earth

Je ne sais plus. Je ne me souviens plus très bien à quelle occasion j’ai écouté pour la première fois Bohren und der Club Of Gore. Je suppose que lorsque on s’intéresse au drone et aux musiques ambiantes, on finit par les croiser tôt ou tard. Ce dont je me souviens, en revanche, c’est d’avoir été littéralement avalé par les premières notes de cet album. Cette ambiance lourde, ce sentiment d’inquiétude qui émerge ici et là, l’impression de vivre une fin de monde dans le silence le plus complet. Vous êtes assis dans votre fauteuil le plus confortable et au rythme très lent de Black Earth, vous voyez dans un ralenti (presque plan par plan), les pans entiers de votre environnement se désagréger. Etrange sensation, car vous êtes immobile, vous ne faîtes plus un geste car vous savez que c’est inexorable : le monde s’écroule. Et c’est à votre tour de tomber dans cet immense trou noir, la terre s’est effondrée, toujours au ralenti,  dans un cri silencieux. Destroying Angels.

[A écouter]

Bohren und der Club of Gore – Destroying Angels

Pere UbuSt Arkansas

4 ans auparavant, Pere Ubu était revenu dans l’indifférence quasi-générale en sortant un Pennsylvania d’anthologie. Greil Marcus l’avait directement en tête de son classement personnel de l’année. Etait-ce l’effet du retour d’un des membres fondateurs, Tom Herman, à la guitare ? David Thomas en avait-il marre de chercher des labels qui continuent à avoir foi en leur musique ? Toujours est-il que ce Pensylvannia sonnait comme une très belle revanche. Les multiples changements de personnel au sein du groupe a dérouté plus d’un fan, mais la voix de David Thomas servait de point de ralliement pour continuer à les suivre. Vaille que vaille. Arrive 2002 et ce St Arkansas. Tom Herman est toujours présent et Jim Jones aussi. 3 des fondateurs sont donc présents et livrent à nos oreilles étonnées une belle œuvre triste, un voyage intime dans cet Arkansas imaginaire. Pere Ubu a été toujours un groupe visuel, c’est dû en partie à l’incroyable charisme de David Thomas, mais aussi grâce à la force narrative qui se dégage de leurs chansons. Et il y a cette voix… capable de vous interpeller, vous rebuter, vous ennuyer, vous prendre aux tripes et qui accomplit son œuvre. St Arkansas marque aussi le retour du Pere Ubu de Modern Dance, avec ce dialogue voix/guitare/clavier/rythmique et cette aptitude à jouer une musique toujours en rupture. Post-punk, vous avez dit ?

[A écouter]

Pere Ubu – Hell

Out HudS.T.R.E.E.T. D.A.D.

2 albums et puis s’en va. C’est ce qu’aura duré le groupe électronique Out Hud. 2 albums, 2 réussites. Je ne les ai découverts qu’en 2005, au détour d’une compil’ qui trainait alors sur le net. Au milieu des derniers groupes à la mode (tout le monde commençait à bouffer en quantité invraisemblable du Arcade Fire), ce groupe attira suffisamment mon oreille. Ce groupe sonnait comme si on avait mix dans un mixer la dirty-disco de Gorgio Moroder à la musique mutante de PIL, première période. Un truc inimaginable prenait forme devant moi et en bon vieux routier post-punk, je puis dire que cette chose venue de nulle part, me parlait plus que toute la production musicale d’alors. Et j’ai espéré alors qu’il y ait suffisamment de monde pour répondre à ce non-appel. Je voyais la possibilité d’un nouveau mouvement musical, un truc assez fou pour balayer tout sur son passage. 2 albums et puis s’en va. Monde de merde.

[A écouter]

Out Hud – Story of The Whole Thing

Jim O’RourkeInsignificance

Il y a le Jim O’Rourke inaccessible et le Jim O’Rourke accessible. Le premier nous reprend souvent à rebrousse-poil et il faut suffisamment de nerfs pour s’accrocher à sa musique de grand malade. Le deuxième invente une pop mutante à chaque apparition. Et puis il y a la rencontre du troisième type, lorsque les deux Jim O’Rourke se parlent, s’unissent et s’harmonisent en bonne intelligence. De cette étrange communion naît alors des disques protéiformes, des œuvres à part, qui ne prennent sens que dans un contexte particulier. Avec Insignificance, le bonhomme se la joue pop-rocker pépère et livre 7 morceaux en trompe-l’œil. Une écoute superficielle pourrait nous faire croire qu’il revisite à sa manière certains standards du rock. On oublie souvent que Jim O’Rourke a une connaissance encyclopédique de la musique des 50 dernières années et que la plus banale chanson rock devient entre ses doigts une expérimentation. Et c’est le cas ici. Sous ses faux airs de bon tâcheron du rock, Jim O’Rourke introduit des sons qui viennent perturber la pyramide rock. Ecoutez bien le second morceau éponyme et le dernier morceau, par exemple. Oui Jim O’Rourke continue à faire du Jim O’Rourke, c’est à dire un musicien qui expérimente encore et encore, même dans les formats les plus classiques.

[A écouter]

Jim O’Rourke – Life Goes Off

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