L'année 2001, s'il en est (Part I)

L’année 2001 a une saveur particulière. Musicalement parlant. Elle est une année charnière, celle où j’ai senti que tout était possible et vain à la fin. C’était les débuts de Laura Veirs et de !!!, le deuxième (très mauvais) album d’Animal Collective sortait et tout le monde  s’en foutait royalement. Il faut dire qu’Internet ne s’était pas généralisé en France et ailleurs, en Europe. L’ADSL pointait le bout de son nez et ce qui nous servait de réseau social alors, s’appelait ICQ.

Ce fut, aussi, cette année que l’Industrie Musicale sortit les dents la première fois contre… Napster et les utilisateurs. Refusant un deal financier proposé par le fondateur de Napster, les majors via la RIAA décidèrent de faire la peau au premier logiciel de P2P. On sait ce qu’il est advenu de Napster et de la suite.

2001 est rétrospectivement une année à séismes politiques. Je ne reviendrai pas sur le 11 septembre et ses conséquences. Mais l’autre fait important, que l’on a oublié depuis, est l’effondrement économique de l’Argentine et l’explosion finale qui en résulta. Fin novembre 2001, le FMI décida unilatéralement de ne pas verser à l’Argentine 1,25 milliards de dollars, pour le simple fait que la dette du pays (à laquelle cette instance avait largement contribué) était trop importante. Il s’en suivit une perte de confiance dans le système bancaire du pays et une crise de liquidités. Plus de sous, plus d’épargnes, plus de paies. La classe moyenne argentine plongea avec un aller simple dans la pauvreté et fit part de sa colère très violemment dans la rue. Ignacio Ramonet, encore directeur de la rédaction du Monde Diplomatique, affirma alors que le capitalisme et sa version bâtarde le néo-libéralisme avaient vécu le premier effondrement de son Mur de Berlin. D’autres viendraient.

Lorsque je me suis penché sur la rétrospective de 2001, j’ai noté spontanément un certain nombres d’albums sur mon petit carnet. A croire que cette année-ci fut vraiment particulière pour que je me souvienne de ces albums. Et pour cause, elle est marquée au fer rouge puisque la bande à Ian MacKaye décida de poser baguettes et guitares afin de se consacrer à autres choses. Ça signifiait pour moi la fin d’une époque et d’une certaine probité artistique et intellectuelle que j’ai du mal à retrouver aujourd’hui.

Built To SpillAncient Melodies of The Future

Built To Spill fait partie de ces groupes à sens unique. On aime ou pas. Dans les deux cas, pas de retour possible. Si vous ne faîtes pas parti des fans de la première heure, passez votre chemin. Car s’il y a bien un groupe qui manifeste une régularité constante dans sa musique, c’est bien Built To Spill. N’attendez pas chez eux une révolution quelconque, non la bande à Doug Martsch fait du rock et elle le fait bien. Sur le chemin de la régularité Ancient Melodies of The Future est en soi un manifeste. Déjà, il faut en avoir pour sortir un album avec un titre aussi idiot. On croirait qu’il a été tiré à la courte paille ou pire, dans une pochette surprise. Mais lorsqu’on met de côté ce petit inconvénient se dévoile sous nos oreilles un disque d’une richesse et d’une profondeur incroyable et ce malgré une économie voulue de moyens. Les dix titres de cet album s’enfilent les uns derrière les autres comment autant de perles sur un collier. Chaque note est à sa place, sans surenchère sonore et ça fait du bien à l’oreille et à l’esprit. S’il y avait un seul et unique adjectif pour qualifier cet album, ce serait épique. Chaque morceau est construit comme s’il était le dernier et les envolées de Doug Martsch à la guitare valent bien n’importe quel autre solo technique de chevelus. Et puis il faut bien le dire, Built To Spill est un des rares groupes à avoir aujourd’hui une discographie parfaite. 6 albums au compteur, rien à jeter.

[A écouter]

Built To Spill – In Your Mind

FantômasThe Director’s Cut

Mike Patton m’énerve. Je n’ai jamais réussi à le détester complètement, même au temps de Faith No More. Et même si ce dernier groupe n’a aucune résonance musicale en moi, je ne peux pas dire la même chose de ses side-projects. De Tomahawk à Peeping Tom, en passant par les incroyables Mr Bungle, Mike Patton a su mieux que quiconque faire du métal, un genre hautement avant-gardiste et intéressant. Aussi lorsque paraît ce Director’s Cut en 2001, je tombe dedans et même disons-le carrément, je me vautre dedans et depuis il ne se passe pas une année où j’ai besoin de ce fix. Réécrire et réinterpréter quelques uns des standards de la bande originale de film, il fallait oser et ma foi, s’en prendre au Parrain ou encore à la Nuit du Chasseur, il fallait être carrément malade, timbré ou fou ou les trois à la fois. Les plus grands moments de l’album sont sans aucun doute la réinterprétation du Rosemary’s Baby de Komeda ou de The Omen de Jerry Goldsmith, avec en point d’orgue ce Twin Peaks: Fire Walk with Me, claustrophobe et poisseux à souhait.

[A écouter]

Fantômas – Rosemary’s Baby

The Brian Jonestown MassacreBravery, Repetition and Noise

Voilà bien un groupe dont tout le monde se fiche à chaque fois qu’il sort un album. Il faut dire que la pléthorique discographie de The Brian Jonestown Massacre n’incite pas à la découverte. Et puis la personnalité d’Anton Newcombe ne donne pas envie non plus à s’investir plus que cela. Il n’en faut pas plus pour devenir le vilain petit canard du soundsystem rock indie. C’en est même presque touchant une telle constance à jouer avec sa propre ombre. Reste qu’à l’instar de Built To Spill, si on prend la peine d’écouter ce rock lo-fi, fait de bric et de broc, on risque fortement de se faire bouffer tout crû. Ceci dit, cet album de BJM n’est pas exempt de tout reproche. Passer les 7 premiers morceaux, on tombe vite dans le superficiel et l’inintéressant. Même la voix d’Anton Newcombe devient vite insupportable. Pourquoi alors choisir cet album ? Car aussi imparfait soit-il, il me touche par sa façon désuète d’aborder la musique et d’affronter la critique rock. Anton Newcombe se fiche comme de sa première chemise de ce que l’on pense de sa musique et des paroles de ses chansons, il continue à faire son truc – parfois au forceps, mais il le fait. Et comme ce garçon est tout le temps de mauvaise humeur, sa musique paranoïaque peut toucher (parfois) la corde sensible.

[A écouter]

The Brian Jonestown Massacre – Open Heart Surgery

The Dismemberment PlanChange

Je parie ma chemise et mes Doc Martens que la plupart d’entre vous n’ont jamais entendu parler de ce groupe et donc forcément écouter un de leurs albums. Mais lorsqu’on navigue, depuis longtemps et comme moi, en terre Post-Punk, on ne peut éviter la rencontre, à un moment donné, avec ce groupe. The Dismemberment Plan a tout du parfait groupe indie-rock. En apparence, car derrière ce nom improbable (mais très drôle), se cache un groupe qui puise ses influences dans l’art et la scène hardcore de Washington (Fugazi en tête). Mais le groupe a su très rapidement trouvé son propre son en y introduisant une bonne dose de R&B (le leader Travis Morrison est obsédée par la chanteuse Gladys Knight) et on peut dire qu’aujourd’hui, ce son particulier est certainement à l’origine du retour en force de la new-wave. Sauf que comme tout groupe précurseur et discret, The D-Plan ne recueillera jamais le fruit de son travail. Change est un chef-d’oeuvre oublié. Un cultissime oublié que je chroniquerai en détails un jour.

[A écouter]

The Dismemberment Plan – Superpowers

Circulatory SystemCirculatory System

Qui est donc Circulatory System ? Ceux qui suivent avec assiduité les aventures du collectif Elephant Six le savent. Circulatory System est un des avatars de cette joyeuse troupe, issu de la première vague. Nous avons donc dans ce disque de vrais morceaux d’Olivia Tremor Control et un peu de Jeff Mangum, autant dire le meilleur de la scène psyché-rock-folk d’alors. Si vous vous sentez d’humeur morose, ce disque est fait pour vous, la psyché-folk débridée de Circulatory System s’exprime tout le long de ses 22 morceaux et même 8 ans après, le disque n’a rien perdu de sa fraîcheur primesautière. A écouter en hiver pour apporter un peu de soleil chez soi et si vous n’arrêtez pas de siffloter après, c’est normal !

[A écouter]

Circulatory System – The Lovely Universe

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