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L'année 2000, s'il en est.
L’ami Mathieu de Random Songs a eu l’excellente idée de faire une rétrospective musicale de la décade en relatant, année par année, les morceaux qui l’avaient marqué. Je la lui pique sans aucun remord et vais tenter, par le prisme de quelques albums, de raconter cette décennie, telle que je l’ai vécue, en musique.
L’année 2000 donc s’il en est. Etrange année dont la fin politique donna, rétrospectivement, un aperçu de ce que l’on allait vivre dans cette décennie et surtout de comment on allait la vivre. J’étais aux Etats-Unis le jour de l’élection présidentielle. Et j’ai pu vivre sur place cet incroyable imbroglio démocratique qui eut lieu alors. Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps et si Al Gore avait été élu Président des Etats-Unis, le monde aurait peut-être un autre visage aujourd’hui. Ecologique convaincu, il n’aurait pas tergiversé sur le protocole de Kyoto, la guerre en Irak n’existerait pas ainsi que la situation en Afghanistan (enfin cette dernière serait avenue à un moment ou un autre, car je ne pense pas qu’on aurait laissé les talibans ainsi très longtemps) et surtout on ne vivrait pas cette hystérie sécuritaire et de son dommage collatéral, une réduction au goutte à goutte de nos libertés individuelles. Mais en fait cette année laisse aux écrivains de SF un champ inexploré en leur proposant diverses uchronies possibles. Et si le 07 novembre 2000, George W. Bush n’avait pas été élu ?
Musicalement, cette année ne fut pas placée sous le signe de Radiohead. Le grand album du groupe anglais n’était – du moins, à mes oreilles – pas encore arrivé. Non cette année fut expérimentale, industrielle, post-rock, électronique et pop.
Papas Fritas – Buildings and Grounds
Le trio américain est bien parti pour devenir un cultissime oublié. Pourtant lorsque le premier album paru en 1995, le groupe acquerra une certaine popularité auprès de la critique, quand l’album Helioself l’assoira définitivement auprès du public. Et pourtant aujourd’hui, presque tout le monde a oublié ce groupe qui débarqua dans la cour des grands avec sa pop naïve et une simplicité à faire fondre n’importe quel célibataire endurci de la feuille. Papas Fritas, c’était nos XX d’alors. On ne donnait pas cher de leur peau et face à la pression médiatique, le groupe exploserait en plein vol. On n’était pas loin de la vérité. Buildings and Grounds est le dernier album de Papas Fritas, un disque qui suit leur veine pop mélancolique. Album qui contient leurs plus beaux morceaux dont ce Way You Walk, parfait pour commencer en douceur une journée.
[A écouter]
Papas Fritas – Way You Walk
Sonic Youth – NYC Ghosts & Flowers
Le voici donc le grand album tant décrié. Sonic Youth aura traversé la précédente décennie sur un destrier, les parrains de la scène underground ont pris la place laissée vacante par le Velvet Underground. Une telle aura influente peut laisser sur le carreau les plus grands. Pour ma part, j’ai laissé le groupe à la place qu’il était, celui de défricheur et de dépoussiéreur. Les années 2000 seront pour le groupe new-yorkais, celui du dépoussiérage lorsqu’il se concentrera sur le format pop, inventant au passage un mouvement à lui tout seul : l’antipop expérimentale. Mais qu’en est-il de ce NYC Ghost & Flowers ? Personnellement, à chaque fois que j’écoute cet album, j’y entends le pire et le meilleur de Sonic Youth. Le pire, quand, par exemple, l’expérimentation selon Sonic Youth tourne en rond, on sent le groupe en panne sur certains morceaux – comme Small Flowers Crack Concrete. Le son se regarde un peu trop le nombril et on y devine une certaine auto-complaisance. Le meilleur lorsque le groupe se re-concentre et lâche un peu la bride et ça donne des titres lumineux comme Nevermind ou quand Ranaldo prend le pouvoir sur le titre éponyme.
[A écouter]
Sonic Youth – NYC Ghosts & Flowers
The Young Gods – Second Nature
The Young Gods est un groupe que je chéris particulièrement. Loin des circuits commerciaux traditionnels, loin des standards du marketing de bon aloi, les suisses ont toujours su créer des albums qui tiennent la route. En musique industrielle, ils furent un des rares groupes à rester constant qualitativement parlant. Groupe influent – les fatigués du bulbe penseront à tort que le Outside de David Bowie fut influencé par Nine Inch Nails – The Young Gods n’en reste pas moins un groupe méconnu. Et la cuvée 2000 ne dérogera pas à la règle. Un clavier, une boîte à rythme, des percussions et la voix spectrale de Franz Muse suffisent à The Young Gods pour installer une ambiance tombale, là où tant d’autres (suivez mon regard plus haut) essaient de faire la même chose sans y parvenir.
[A écouter]
The Young Gods – Laisse couler (le son)
Air – The Virgin Suicides (BO)
D’abord, il y a ce premier film de Sophia Coppola et la beauté fantomatique de Kirsten Dunst. Et cette impression désagréable que l’on tient là un chef-d’œuvre que l’on ne reverra pas de sitôt. Et puis, il y a cette bande son, composée par Air. La French Touch m’indiffère à un point que vous n’imaginez pas, mais ce disque a une beauté intrinsèque proche de la perfection. Une certaine idée d’une lumière vaporeuse et du spleen adolescent. J’ai usé cet album jusqu’à la corde. Du moins son CD. Je me rappelle encore d’avoir pesté contre la maison de disque d’avoir vendu ce CD dans un bout de carton colorisé (je peste encore contre ce merchandising du miséreux). A plus de 100 Francs la galette, il fallait vraiment que j’aie envie. 9 ans après, la magie opère encore surtout lorsque j’écoute Clouds Up ou Playground Love.
[A écouter]
Air- Playground Love
Godspeed You! Black Emperor – Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven
De tous les groupes post-rock, Godspeed You! Black Emperor est et restera à mes oreilles le plus atypique et celui qui m’aura fait sursauté le plus de fois de ma chaise (devinez pourquoi !). Je dois avoir cet album en tripe exemplaire : vinyle, CD et mp3. J’ai même été jusqu’à acheter la première édition du disque. Le post-rock, sous sa version symphonique, ressemblerait forcément à cet album. De toutes les productions de Constellation, Godspeed You! Black Emperor, à mes yeux, est certainement le groupe qui aura marqué une génération durablement et profondément, plus que les hiératiques Thee Silver Mt Zion. Cependant, la mégalo d’Efrim Menuck aurait du nous mettre la puce à l’oreille tant elle transpire sur cet album. Mais ces longues chevauchées d’une vingtaine de minutes ont de quoi mettre KO n’importe quel auditoire, même le plus rétif. Et puis, ce disque raconte mieux que quiconque la décennie qui s’achève : repliement sur soi plus prononcé, peur de l’autre, une nouvelle guerre de religions, une certaine idée de la fin du monde et puis l’espoir et le renouveau.
[A écouter]
Godspeed You! Black Emperor - Storm: Lift Your Skinny Fists like Antennas to Heaven.
Popularity: 2% [?]























Je valide à 200% le Youngs Gods, peut être mon album n°1 de l’année 2000.
Tu peux piquer mes idées, elles n’appartiennent à personne, c’est fait pour être partagé, et j’aime bien être cité
Bon courage pour la rétro de la décennie, j’avais trouver ça super passionnant et motivant au début, sur la fin ça devient vite fatiguant. Mais bon je suis content de bientôt finaliser ce truc avec l’année 2009 !
Je n’aurais pas su le dire ainsi mais oui le Godspeed you black emperor raconte la décennie qui s’achève.
Et donc pas de Kid A. Tu préfères Hail to the thief?
@KMS Oui, avec Amnesiac, Hail to the Thief est parmi mes albums préférés de Radiohead.
@Benjamin, C’est un choix personnel hein ? Le Kid A ne m’a pas touché cette année-là. A vrai dire même, le groupe me tapait sur les nerfs à l’époque. Je dois être un des rares à trouver Ok Computer insupportable.
Ouais perso, j’aurais mis Kid A aussi surement à la place du Air qui s’est quand même avéré répétitif et pas assez fourni au fil du temps.
Pareil pour le Air et Virgin Suicides et cette beauté éthérée tôt vouée à se défaire.
grand écart entre le génial Papas Fritas & GYBE mais je prends les 2 entre deux bouffées d’air (arf) !
Youpi. Les Young Gods !!!
Complétement mésestimé ce groupe (et son influence). Tout est bon, quasi. Ca me fait super plaisir de lire ça…Grand fan (malgré l’accent de merde). Et sur scène, mon Dieu.
Album exaltant de God Speed You, effectivement, et plus encore.