La ville est un continent

 

Dada, Cabaret Voltaire. Lorsqu’on me parle d’Europe, je pense imperceptiblement à 1916 et à Zurich. A quelques centaines de kilomètres de là, les tranchées de Verdun suintent la peur et la mort. A Zurich, Tzara et ses amis commencent à imaginer la première révolution culturelle de l’ère moderne ; d’une taverne sombre, quelques huberlulus de génie détourneront les heures sombres de la Première Guerre Mondiale en une vaste farandole de l’absurde et de l’imaginaire. Dada, ça claque au vent. Dada est con. Dada est fou. Dada te veut du bien. Dada soigne toutes les maladies. Dada est tout et rien. Dada se moque de toi. Dada est la plus grande révolution ludique européenne. Dada m’a tout appris. Dada a tout brûlé. Dada nous a obligé à tout reconstruire. La folie ne se sépare pas de l’histoire, de la société et de ses régressions mais pour Dada, la folie est un sursaut et un voyage, une histoire qui forcément se terminera mal.

Dada a brûlé la ville et ce n’est pas Ivan Chtcheglov qui me contredira. Il vaut mieux vivre dans la merde que dans une clinique, fût-elle construite par Le Corbusier ; surtout par lui, en fait. Vos maisons seront vos tombes à moins que vous n’en fassiez un immense bûcher. Rome fut bien incendié, mais la ville éternelle rit encore de nos maux. Dada l’a dit et Dada a raison. L’oubli n’est-elle pas au fond la passion dominante des Européens ? Dada prit le soin de jouer avec nos oublis inconscients et permit à nos imaginaires collectifs de jouer avec une construction des situations provoquées ou induites. Dada fut bien avant les pères fondateurs de l’Europe, la première idée de ce que pouvait être le vivre ensemble, créatif et ludique. Dada et quelques dizaines d’année plus tard, son arrière-petit-enfant le Situationnisme, sont les véritables fondateurs d’une Europe libre, culturelle et sans frontières.

 

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