Guy Chadwick – Lazy, Soft & Slow (Les cultissimes oubliés #46)

Nous sommes en 1998. Cinq ans ont passé. En 1993, Guy Chadwick a refermé la première parenthèse des House of Love. Le millénaire tire tout doucement sa révérence et on aurait presque oublié ce groupe tant l’agitation Brit Pop est alors à son comble. Ironie du sort, The House of Love a toujours porté les germes en lui de cette scène, sans jamais endosser le costard et sans le revendiquer. A vrai dire le groupe de Guy Chadwick avait tout pour devenir le Television des années 90 : Terry Bickers et son génie fourre-tout était parti fonder les géniaux Levitation, comme en son temps Richard Hell avec ses Voivoids. La poignée d’albums qui s’ensuivit avait une grâce insoupçonnable, une énergie brute contrôlée, trop contrôlée, diront certains. Peter Hook, grand admirateur du groupe, dira lui-même : « Je ne comprend pas pourquoi I don’t know why I love you, n’est pas devenu un tube planétaire ». Nous non plus, nous n’avons pas compris et ne comprenons toujours pas.

Cinq ans pour mûrir un album solo, c’est long et même très long. Surtout que ce sera l’unique effort de Chadwick. On aurait du s’en douter à la vue du titre Lazy, Soft and Slow. Tranquille. Peinard. A coucher de soleil de préférence. Lazy, Soft and Slow ou le meilleur album des House of Love sans les House of Love. Chadwick, enfin décomplexé, couche sur sillon les onze plus belles chansons de sa carrière. On y retrouve cette veine mélodique énervée qui firent les beaux jours du groupe mais surtout et le plus important, Guy Chadwick démontre une autre facette de son songwriting, celui du parfait gentleman farmer londonien, plus proche d’un Ray Davies qu’il n’y paraît. Des chansons aux paroles certes toujours aussi obscures mais dont on ne peut nier la portée poétique et sombre (Gardens in Taxis where orchestras play, silhouettes floating, asking for more). Le registre vocal s’élargit et la musique s’enrichit, l’accordéon fait son apparition, ici et là on esquisse quelques pas de tango. Et puis au tournant de quelques morceaux This Strengh, Soft and Slow, la guitare prend des airs de country et accompagne le chant mordoré de l’artiste. Lazy Soft and Slow est à l’image du chanteur sur la pochette de son album : le regard désabusé, la barbe de trois jours, le cheveu en pétard et cette méchante cicatrice qui lui barre le front. Guy Chadwick se met à nu. Peut-être trop. Et même s’il signe son plus bel album, cette sincérité à fleur de peau sonne comme un chant d’adieu. Un silence qui durera cette fois-ci 7 ans.

[A écouter]

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