Gene Clark – White Light (Les Cultissimes Oubliés #7)
La musique n’est que parfois oubli. Les rédemptions sont rares et les retours de phénix encore plus. Oublions les Eagles, oublions les Flying Burritos, oublions même pendant quelques minutes l’existence de cet aigle gracile que fut Gram Parsons. Attardons-nous plutôt sur un autre oiseau, ou devrais-je dire oyseau, volatile qui est devenu au fil des années une ombre à peine portée par les vents contraires. Pourtant, la musique américaine des années 60 doit beaucoup à cet homme-là, mort dans l’indifférence générale à 46 ans, il y a tout juste 20 ans. Les Byrds, c’est lui, l’homme au pâle sourire sur les photos, la frange polie sur le front, la timidité chevillée au corps comme une maladie ou une méchante seconde peau. Le drôle d’oyseau, c’est Gene Clark, le compositeur de génie, d’un groupe qui n’eut foi au final qu’en Roger McGuinn. Gene Clark, à qui on doit Eight Miles High, I’ll Feel A Whole Lot Better… Lorsque les autres en étaient encore à siffloter et à arranger leur Bob Dylan, Gene Clarke donnait aux Byrds, une raison de voler de leurs propres ailes. Avec McGuinn et David Crosby, un trio magique était vraiment né, peut-être le premier de l’ère pop sixties américaine.
Le Folk Rock, c’est eux.
Il n’y a pas à réfléchir deux secondes. C’est un fait. Et Gene Clark est le principal artisan de ce nouveau son avec ses compositions ciselées au millimètre. Des générations de musiciens lui doivent ça. Dandy, jalousé par ses deux compères, mal à l’aise en concert, l’homme qui ne souriait pas sur les photos est un jour brutalement débarqué par ses compères, pour une raison aujourd’hui qui prêterait à sourire, à cause de sa phobie devenue légendaire, des avions.
“Mec, quand on est un oyseau, on vole.” Fin du vol en triangle.
Après deux albums avec son comparse Doug Dillard, en rupture aussi de son groupe, Gene Clark entame sa carrière solo. Une belle carrière à l’image de cet homme, dont l’extrême discrétion aura finalement eu le dernier mot. Lorsqu’en 1971 paraît White Light, l’Amérique des années 60 a déjà oublié son enfant prodige. Elle a la gueule de bois, cette Amérique-là. La fête est terminée et le Vietnam ne soulage en rien des consciences déjà bien meurtries. Pourtant Gene Clark arrive avec un disque délicat, extrêmement dépouillé, une guitare là, un harmonica ici et cette voix si reconnaissable. Une grâce envahit alors l’espace ; un son cristallin jaillit, pur comme l’eau de roche. Les arrangements discrets subliment des compositions mélangeant country et folk. Avec des titres comme With Tomorrow et For A Spanish Guitar, l’oyseau, d’un coup sec d’aile, prend son envol pour crever la voûte céleste de quelques notes magiques. Qui n’a jamais entendu un solo d’harmonica devrait se pencher, pendant quelques instants, sur le berceau de For A Spanish Guitar. On ne peut oublier ce son clair, d’une sincérité désarmante et rassurante. White Light est ainsi traversée par une grâce céleste, celle d’un homme qui s’est réconcilié avec son passé d’Oyseau jalousé et meurtri par ses pairs. Un disque beau, serein et apaisé qui annonce en rien la tempête terrifiante de 1974 avec son troisième album No Other ; un disque beau, serein et apaisé sur lequel la critique sera unanime pour le qualifier de chef-d’oeuvre ; un disque beau, serein et apaisé qui sera un four commercial. Un disque d’un autre âge chanté par un Oyseau dont l’unique et seul représentant de l’espèce s’est éteint définitivement un jour de mai 1991.
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