Tags
Related Posts
Share This
From Brussels with love
Bruxelles, après tout, c’est l’Eden de l’amateur de bières. D’ailleurs un simple arrêt dans un estaminet prouvera que cette raison seule en aurait bien valu de plus nombreuses.
Mais je n’étais pas là pour ça.
Il aurait pu y avoir du pèlerinage dans ce voyage.
A la recherche du passé d’une ville qui, si elle ne fut pas vraiment le cœur musical de l’Europe continentale, en fut tout de même l’un des plus vifs foyers.
Les terres du Crammed Discs de Marc Hollander, celles, surtout, des Disques du Crépuscule.
Un soir d’avril 1980 Tony Wilson se trouva dans cette ville des frères de cœur.
C’était au plan K, une ancienne raffinerie sise rue de Manchester –y en aura-t-il encore pour croire au hasard ?
Factory Record s’implante donc en Belgique sous le nom de Factory Benelux d’où sortiront, quasi simultanément, les Disques du Crépuscule.
Et pour annoncer sa naissance, un faire-part sur bande magnétique : « From Brussels with Love ».
La meilleure manière, sonore, d’annoncer la couleur : gris only, mais dans toutes ses nuances.
Mais ce pan d’histoire, tout glorieux qu’il fut, n’était pour rien non plus dans ma semaine bruxelloise.
Non, si j’ai trainé mes semelles du Thalys aux pavés belges, c’est pour les beaux yeux de l’Europe.
Plus exactement, pour une plongée d’une semaine au cœur du parlement européen.
Et cette idée m’excitait comme un gamin.
Oui, je reconnais : ça peut surprendre.
Le parlement européen n’évoque le plus souvent que l’ennui technocratique ou le ridicule des mesures que la presse aime bien mettre en avant pour faire ricaner des lecteurs pas difficiles
Et puis, bien plus généralement, c’est qu’elle n’a plus vraiment la côte cette Europe.
Ça peut se comprendre après tout.
Je suis d’une génération pour laquelle l’Europe déjà Paix des peuples était appelée à devenir l’Avenir radieux.
Je suppose que d’aussi grandes espérances ne pouvaient que conduire à des déceptions revanchardes dont l’amertume semble aujourd’hui assez bien partagée.
Pourtant, pourtant…
Comment vous dire que voir le parlement européen à l’œuvre me fut si précieux et revigorant ?
Au milieu de tous ses intérêts divisés (sa nation, son parti, son statut), le député est obligé de composer sans pouvoir s’abriter derrière un discours monolithe.
Ce n’est certes pas exempt de crapuleries mais là-bas les débats ressemblent d’assez près à ce que la politique parlementaire devrait être et que chez nous elle n’est manifestement pas.
La confrontation d’idées plus que le positionnement électoral, l’obligation de travailler avec ses adversaires plutôt que le devoir de les détruire.
Je vois dans l’Europe comme la généralisation de ce fonctionnement.
Un principe de régulation des conflits par les compromis et la norme.
Oui, rien de propre à déclencher les hourrahs…
Pas de lendemains fredonnants, pas d’enivrants bris de chaînes.
Juste la patiente, laborieuse et toujours perfectible avancée d’un monde plein d’intérêts contraires.
Une idée dont ne peuvent s’exalter, peut-être que ceux sensibles aux étranges et infinies beautés de la grisaille.
Beautés qui ont eu sur ces terres de bien beaux porte-voix. Surtout depuis qu’un soir d’avril 1980…
[A écouter]
Popularity: 8% [?]




















joli texte monsieur. revigorant. touchant aussi, notamment pour moi qui suis passé devant cette « chose » dans le colimaçon du ‘caprice des dieux’ plusieurs fois par jour pendant une bonne dizaine d’années.
merci aussi pour ce flashback 1981. factory records, Hewick,joy division,rip ian curtis, NO, from brussels with love … 3’40″ de bonheur.
10 ans, soit deux mandats. Tu es un ancien assistant parlementaire ?
(Sinon, ben merci beaucoup.)
Non pas du tout. service de presse, TV unit, plus exactement