For Against – Coalesced (Les Cultissimes Oubliés #19)

For Against

J’ai des échos de 2002 dans les oreilles. Les tympans collés à une pochette de disque, j’entends au loin arriver les riffs de guitare, les claquements secs de la grosse caisse, la basse ronde et vombrissante. Et je me souviens. Je me souviens de mon regard interloqué lorsque mes yeux se sont rivés sur cette pochette. Comment diable avais-je pu le louper ? Pour moi, le groupe s’était évaporé quelque part dans les années 90, oublié parmi les oubliés. Trop anglais pour les américains, trop américain pour les anglais, le quintet d’alors ne pouvait survivre à ses propres contradictions. Dix-huit ans après leur formation, je n’en attendais plus rien. Deux éclairs de génie plus loin – entendre les deux premiers albums du groupe – il était difficile d’emboîter le pas à une formation restée dans l’ombre, au line-up trop protéiforme, tandis que tant d’autres lui étaient passés, sans aucun remord, devant.

Pourtant, en cette année 2002, For Against se reforme : de quintet, il est devenu trio. Rien n’a changé en leur royaume, il y a toujours quelque chose de pourri à Lincoln, Nebraska ou plutôt une anomalie musicale : For Against n’a toujours pas compris qu’il est un groupe américain. Attaché à la bulle cristaline de leur terre d’origine, la bande à Jeffrey Runnings a toujours pourtant eu les yeux rivés sur les rivages de la perfide Albion. Du shoegaze de leur début, For Against a ensuite dérivé vers une dreampop de plus en plus intemporelle, un son si cristallin que l’on se demandait si le groupe ne s’était pas perdu dans les plaines enneigées du Nebraska. Non pas que le soleil ait déserté leur musique, bien au contraire. Ce blizzard-là obligeait les coeurs à se rapprocher et à chanter à l’unisson les quelques notes de December ou de Shelf Life pour se réchauffer. Les Cocteau Twins avaient en For Against de sérieux prétendants à la couronne.

Coalesced, 2002

J’ai des échos de 2002 dans les oreilles. Et For Against vient de sortir son sixième album, Coalesced, dans l’indifférence la plus totale. Toujours cette esthétique sobre, froide, millimétrée et très déroutante par sa propension à allumer la flamme des romantiques qui sommeille en nous, car chacun des sept morceaux est une invitation lente au suicide amoureux. Les arpèges légers et aériens sont autant de souffles, de brises et d’arias qui nous obligent à flotter dans un entre-deux de plénitude. La voix de Jeffrey Runnings perce le cocon dans lequel nous baignons et nous chante ou plutôt effeuille tranquillement ses sept poèmes. Cette voix douce, si frêle, nous entraîne loin – par sa pureté - si loin que notre esprit emporté a du mal à revenir à ses attaches. Coalesced restera un long chant atmosphérique, extrêmement mélodieux mais qui restera à jamais insaisissable pour le commun des mortels.

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