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Fly me to the moon
J’ai longtemps joué avec les étoiles. Une partie de moi jouait l’astronaute et l’explorateur. J’écoutais des heures durant mon grand-père ou mon père me parler de ce fameux jour en juillet 1969 lorsque deux hommes envoyèrent toute une planète dans les étoiles, offrant pour la première et unique fois le sentiment d’appartenir à une race unique, les humains. Fly me to the Moon. Tout semblait possible. J’étais persuadé, minot, que je vivrais un jour dans l’espace et voyagerais en seconde classe vers Mars. Oui, je me voyais fouler le sol de la planète rouge et tutoyer du doigt toutes ces étoiles. L’infini s’ouvrait à notre imagination, le temps s’arrêtait grâce au vide interstellaire, mon corps, enfin privé de la gravité, planait dans un océan de silence. De mon index, j’éteignais la lumière d’Orion. Clic. Je me voyais Capitain Kirk à bord de l’Enterprise. Je voyageais avec Heinlein, Van Vogt, Vance et Asimov, m’amusais devant les séries Buck Rogers ou Battlestar Galactica (celle de 1979). J’étais un explorateur de l’espace et de l’infini ; un rocket boy qui aimait les avions et les fusées. Mais malgré la planisphère, les livres sur l’espace, la science-fiction et le télescope, je me rendis rapidement compte que nous étions avant tout des terriens, les deux pieds fortement ancrés dans notre propre boue. La poussière d’étoiles n’était pour l’instant qu’une chimère , avoir la tête dans les étoiles n’était autorisé que pour une poignée d’êtres humains spécialement entraînés. Le retour sur Terre fut dur, mon intérêt pour l’infini de l’espace s’estompa, d’autres intérêts prirent le relais. Jusqu’à ce jour de 1990, un bivouac dans le désert et la voie lactée dans sa blancheur spectrale illumina chacune de mes nuits. Depuis lors, j’ai une fois par an la tête définitivement dans les étoiles.
[A écouter]
Pour les plus nomades d’entre vous, une playlist spotify est disponible ici.
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