Des cercles…

L’environnement intérieur, ce sont des gargouillis, des tiraillements, des douleurs et des joies qui se diffusent, qui t’irradient. ce sont des tensions et des muscles bandés, ce sont des os qui craquent, l’âge qui se fait sentir, des révolutions utérines, des chairs qui se distendent, des ridules qui se creusent, des cheveux qui blanchissent… c’est le sourire amusé de ce corps qui avance, mais qui avance toujours,  dans l’espace et le temps.

Mon environnement, ce sont ces lumières, à chaque matin qui pointe au loin, ces couleurs si changeantes qui ponctuent tous mes ciels. Ces odeurs échappées de la vie des voisins : des cafés au brûlé, des mies de pain qui grillent, des excès de parfum dans l’ascenseur ou le métro, des peaux que l’on néglige, car on a plus urgent – comme survivre. Ces matières que mes doigts parcourent chaque jour, des métaux et du bois, des papiers et des cocons de laine… Ces goûts que la nature veut bien nous accorder encore, ces textures et ces contentements du quotidien, l’utile et l’agréable…

Et ce qui m’environne, ce sont ces ondes, si hostiles, dans les rues, les transports en commun, les hideux magasins : les gens qui partent en vrille, de plus en plus nombreux à délirer à voix haute, qui s’agressent pour un rien, un regard, une cigarette, un téléphone portable, un putain de strapontin. Ces appels à la distance, dans certains sourires en coin qu’on s’échange tout de même, dans ces instants de grâce que d’aucuns savent encore faire survenir -comme par magie humaine. Ces un-sur-dix qui s’engagent quand autrui, l’inconnu, semble en danger, avant qu’il ne le soit indubitablement. ces contacts par mégarde, incidents qui vous rappellent que l’autre est aussi fait de chair. Ces résistants de chaque instant.

Enfin, surtout (!) celles et ceux qui m’environnent, mes intimes à bout portant, à bout de bras, mes amis à bout de souffle aussi, à bout de tout parfois, mes trésors les plus précieux, mes bienveillants, mes étonnants, ceux qui font chaque jour que je tolère l’insupportable, ceux qui font que je me lève et marche, qui vous feraient rêver de tous ces mondes possibles à tel point que vous tentez de les construire, c’est à ceux-là que je veux dire que j’aime, et que je ne le pourrais s’ils ne me l’inspiraient. Ceux qui peuplent mon espace vital.

[A écouter]

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