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Cette année…
Cette année, j’aurai regardé, sans regrets, peut-être pour une des dernières fois de ma vie les Peace Lines de Belfast. J’aurai goûté, pour la dernière fois, à la joie de voir mes deux derniers apprendre à marcher d’un pas hésitant, éclater de rire lorsqu’ils tombent de concert par terre, prononcer leur premier non d’une mine boudeuse et ne rien comprendre à cet amas de cadeaux qui leur est tombé dessus à Noël, au contraire de leurs frères aînés. J’aurai déménagé pour la xxxème fois dans un pays étranger, mais cette fois-ci, par égard pour les miens, nous allons y rester un petit moment.
Cette année, j’aurai vu le pire des années Thatcher revenir sous le visage d’un homme à l’apparence polie et vénérable. Il n’aura fallu que quelques mesures pour réveiller les vieux démons de l’Angleterre, même si celle-ci restera la terre des émeutes et non celle des révolutions ; la lutte des classes est passée par là.
Cette année, j’aurai vu mon pays de naissance, la France, entamer une étrange danse avec elle-même et ses partenaires. On y aura fêté les 140 ans de la Commune, dans une quasi indifférence, cet événement singulier que la Gauche et le PS auraient tort de sous-estimer dans l’inconscient collectif. La France, terre des révolutions, aura regardé d’un oeil torve celles des pays arabes et le mouvement des indignés. La cocotte-minute attend-elle d’exploser ?
Cette année, j’ai re-parcouru du doigt certaines oeuvres de Michel Foucault, grâce à Benjamin Fogel, qui un jour m’écrivit un long mail en me posant des tas de questions sur Les Mots et les Choses. Il s’en suivit un échange fructueux sur le comment on devrait analyser une oeuvre artistique et notamment, s’il y avait de nouvelles pistes à explorer en la matière. Je me suis attardé un petit moment sur Surveiller et Punir et au regard de l’évolution de notre société post-moderne, ce philosophe avait vu juste sur la manière dont le pouvoir s’exerçait désormais sur les peuples. Mettre aujourd’hui ces textes à disposition de chacun en les expliquant dûment provoquerait une prise de conscience certainement salutaires. Foucault était un archéologue de l’esprit, il a su toucher du doigt des concepts qui firent scandale à l’époque et dont on a oublié aujourd’hui toute la force provocatrice et… révolutionnaire.
De Foucault aux oeuvres de Deleuze, il n’y a qu’un pas et j’ai relu l’Anti-Oedipe et Mille plateaux et son petit essai sur Michel Foucault. Deleuze et moi, c’est une vieille histoire de fascination/rejet. Nul doute que ce fut le philosophe français qui aura eu le plus d’impact sur la culture et la musique. Nul doute qu’il fut un des rares penseurs à être accessible (enfin, jusqu’à une certaine mesure). Nul doute que j’aurai aimé qu’il aille au bout de sa réflexion sur la folie et l’immanence.
Cette année, j’aurai lu le petit ouvrage d’Adorno sur Le Caractère Fétiche dans la Musique, lu l’énorme essai Simon Reynolds sur la nostalgie musicale, me sera tapé des kilomètres de textes sur l’hantologie, ce qui m’aura fait relire quelques textes de Jacques Derrida, philosophe que j’exècre par dessus tout, pris un énorme plaisir à découvrir 33 revolutions per minute une histoire de la chanson protestataire avec un magnifique article sur le Strange Fruit de Billie Holiday. Continuer ma découverte de W.G Sebald, goûter encore à la précision d’orfèvre de Thomas Pynchon, découvrir un texte de Victor Hugo que je ne connaissais pas grâce aux remarquables éditions La Fabrique, continuer à acheter les sorties de cette même maison et qu’importe si je suis à l’autre bout de la terre et reçoit les livres trois mois après.
Cette année, j’aurai vu une plume s’affirmer de plus en plus, celle de Nath’ qui, de mots en articles, s’affirme comme une jolie conteuse du quotidien. A l’inverse, j’aurai pris mes distances avec une certaine forme d’écriture, arrêté de bloguer à tout va. Par la même occasion, j’ai arrêté de lire les blogs et leurs commentaires à 99% insipides et inintéressants. Cette course à l’immédiateté, pseudo miroir d’une expression que l’on croit libre, n’est que le reflet à peine caché d’un manque de réflexion généralisé : on écrit et commente comme on consomme, vite et mal.
Et la musique me direz-vous ? Ça fera l’objet d’un autre article l’année prochaine.
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Très bonne conclusion. Un petit commentaire insipide (;p) pour te remercier pour le passage sur Foucault et Deleuze, tu m’as donné envie de m’y plonger. Que l’année 2012 te soit douce !
Merci pr le compliment, ça m’a beaucoup touchée…