Bill Laswell & Coil – Assassins of Hakim Bey

Comme en Afrique, dit-on, le désert avance. Une sorte de désert de la coutellerie avançait dans le bruissement du sable, sur un monde endormi et nul besoin d’un bras pour retenir le geste ultime. Le bras armé du désert glissait entre les dunes et tel un djinn se jouait des obstacles naturels. Il n’était pas question de tuer pour l’instant, mais plutôt d’observer et de scruter les moindres faits et gestes de la proie. C’était un chasseur, il quêtait les âmes, pour les offrir à l’océan de sable. Nul besoin de se cacher des autres, tout le monde le connaissait et tout le monde le craignait. Il soupesait les esprits et n’arrachait la vie que pour quelques grammes de différence. Il bondissait de toit en toit et touchait sa proie d’un geste précis et mortel. La victime voyait subrepticement un bras et son sang, les autres une ombre insaisissable.

Le ciel était gris et couvert, lorsque je descendis les quelques marches du vieux fort espagnol en ruine de Tarfaya. Le soleil ressemblait à une grosse bulle blanche et il flottait dans l’air une odeur âcre, mélange étonnant d’humidité salée et de chaleur. Entourant mon visage du traditionnel keffiyeh, je m’engageais prudemment sur les chemins qui menaient à l’arrière du pays. Je me mouvais dans une zone autonome temporaire, seul espace autorisé pour le seul blanc que j’étais. Mes pas emboîtaient certainement ceux de Saint-Exupéry, sans un Petit Prince collé aux basques. Si ça avait été le cas, j’aurai demandé certainement aux enfants des bédouins de le faire fuir. Lorsque je m’arrêtais enfin, je m’aperçus ce que j’avais pris pour des nuages, n’était que de la fumée, une ligne d’horizon de feu couvrait. Le bras armé du désert avait mis le feu à une vieille grange et je le voyais bondir de toit en toit, riant de sa prise ; il n’avait pas glané d’âmes mais avait préparé le terrain pour une prochaine moisson.

[A écouter]

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