Bill Fay – Time of The Last Persecution (Les Cultissimes Oubliés #36)

Bill Fay

Bill Fay

On ne sait rien de Bill Fay. Auteur de deux albums essentiels (Bill Fay et ce Time of the Last Persecution), il disparut de la scène musicale après ce deuxième album. Pffff. Évanoui dans l’espace, disparu des radars, il y en a qui aime jouer les courants d’air, troubler le jeu l’espace d’un instant. De réédition en réédition, l’oeuvre de Bill Fay n’a jamais véritablement rencontré son public et ne le rencontrera sans doute jamais, même si les jeunes pousses du folk-rock, Jeff Tweedy en tête, poussent à la roue pour enfin donner à cet artiste, la place qu’il mérite. Trop tard, car d’autres opportunistes ont pris sa place et d’autres inconnus ont comblé les rares espaces encore vides. Bill Fay aurait pu être ce chaînon manquant entre le folk orchestré de Dylan, la tristesse chantée de Nick Drake, la fêlure de Tim Hardin et toute la génération actuelle. Le mystère Bill Fay ne sera donc pas révélé de sitôt et Time of the Last Persecution ne nous éclairera pas plus.

Autant le premier album est un croisement délicat entre Dylan et Al Stewart, autant le deuxième est dépouillé et traversé par des angoissantes bouffées de panique. C’est l’album d’un homme écartelé par de terribles démons et une folle angoisse d’un monde meilleur. On est ainsi baladé entre ces deux spectres personnels tout le long de ces 29 chansons. Du terrible Pictures of Adolf Again (Christ or Hitler ?), sur lequel on devine toute l’horreur que lui inspire le nazisme et ses convoyeurs de la mort au ‘Til The Christ Come Back,Bill Fay appelle de tout son coeur le messie à revenir. D’aucuns diront que Bill Fay est un grand malade, un cramé de l’existence, un de ceux qui crurent que les années 60 allaient durablement changer le monde en bien. La désillusion a du être terrible pour ces utopistes. Tout l’album est ainsi sur un fil tendu, prêt à craquer à tout moment, le dépouillement extrême imposé dévisse sur quelques morceaux : le piano, la guitare et le saxo prennent le pouvoir sur les paroles. La colère fait place à cette torture raisonnée que serait le meilleur des mondes. L’orage gronde et éclate sur le dernier morceau Scream in The Ears et paradoxalement, on sait qu’avec ce dernier morceau, Bill Fay a rejoint le club très fermé des fracassés de la vie. Mais contrairement à un Syd Barrett, qui n’était même plus connecté à lui-même, les paroles de Bill Fay résonnent d’un écho étrange 40 ans après. Time of The Last Persecution ? La question est clairement posée.

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