Basement 5 – 1965-1980 (Les Cultissimes Oubliés #21)

Basement 5

Chapeau mou et mod’s vintage.

Un jour, une personne m’a dit que le reggae était le journal du ghetto. Je ne me rappelle plus qui disait que le reggae était, de toute manière, un genre mort-né. Entre ces deux affirmations, il était peut-être dit que le dub ne survivrait qu’en se mélangeant à d’autres courants. En 1980, c’est un peu tout ça qui se passe à Londres : d’un côté, les immigrés de Kingston et de l’autre, les jeunes blanc-becs férus de musiques pas comme les autres. Le ska fait déjà son revival et grandit seul dans son coin. C’est une affaire de famille le ska et les ponts avec le mouvement post-punk sont ténus, tout juste si on prend les chemins de traverse pour rencontrer les autres. Et dans l’imaginaire collectif, on fait souvent le rapide raccourci que le ska d’alors est la rencontre du punk et du reggae. L’auditeur fatigué s’arrêtera donc aux Specials, English Beat et autres Madness, comme dignes représentants de cette fusion. De quoi faire frémir n’importe quels dreadlocks d’indignation ! Et en premier lieu les membres de Basement 5 !

Fondé en 1978 par Leo Williams et Winston Fergus, Basement 5 sera véritablement le premier groupe à fusionner le punk avec le reggae. Ce mariage entre ganja et speed aurait pu tout faire dynamiter, mais il ne restera finalement que peu d’élus. Tout commença donc en 1978, après plusieurs changements de chanteur, dont un certain Don Letts, le Basement 5 se stabilise autour du nouveau chanteur Dennis Morris, du guitariste J.R., du bassiste Leo Williams et du batteur Richard Dudanski (ex-futur ex The Raincoats et Public Image Ltd). L’homme de chant, Dennis Morris, ne veut pas se contenter que d’un métissage musical et surtout ne pas insuffler ce qui lui insupporte le plus dans le reggae, le jah cosmique et autres élévations spirituelles très ganjaesques. Pour lui, le groupe sera politique ou ne le sera pas. Les chansons du groupe reflèteront d’emblée la situation politique de l’Angleterre à l’ère Thatcher : racisme, chômage, grève, pauvreté… Tout y passe.

1965-1980, 1980

Après quelques concerts, le groupe trouve un écho favorable chez l’incontournable John Peel et ce petit monde étant ce qu’il est, Martin Hannett prend en charge la production de leur premier (et seul) album, 1965-1980. C’est un album finalement assez déroutant que produira ce dernier. Un truc bizarre entre froideur post-punk et dub. Entre chant punk bien prolo, basse lourde et guitare richmanienne. Et une chose frappe, on s’attend à un disque plein de chaleur et bien pas vraiment, il est raide et sec comme du bois bandé. Martin Hannett a imposé sa patte : musique implosive, son désincarné, basse bien mise en avant et il n’y a que sur des titres comme Immigration ou Omega Man où il lâche un peu la grappe au groupe. Est-ce pourquoi le groupe re-enregistrera certaines chansons de cet album en y ajoutant une véritable dimension reggae ? Le mancunien qui n’ignore rien  de son périmètre d’action n’a cure au fond de l’identité du groupe. A la manière d’un Phil Spector, il a une griffe reconnaissable entre tous, ce qui confère à 1965-1980 un son étrange, bizarroïde, pas franc du manche, distillant un poison qui contamine tous ceux et celles qui l’écoutent.

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