Alan Vega, Alex Chilton, Ben Vaughn – Cubist Blues

Cubist Blues

Si l’on devait un jour résumer la scène musicale « underground », quelles places tiendraient Alan VegaAlex Chilton et Ben Vaughn dans le panthéon des anges déchus ? Les noms des deux premiers s’imposeraient naturellement, celui de Ben Vaughn un peu moins. Mais le créateur de Rambler ’65 mérite-t-il une relégation en National pour un charisme moindre que les deux autres ? Nul doute que non et ce disque-ci est là pour le prouver.

Trois légendes pour un seul et unique disque. Un tête-à-tête au sommet enregistré dans l’urgence et dans l’improvisation la plus totale. En effet, Cubist Blues fut enregistré en deux jours seulement et sans feuille de route : Chilton et Vaughn se concentrant sur la partie instrumentale et Vega sur le chant. On se croirait revenu au temps où les jazzmen prétextaient n’importe quoi pour jouer ensemble. Au premier abord, on pourrait croire à un disque solo d’Alan Vega, tant sa si caractéristique technique de chant explose dès l’entame. Sa voix est particulièrement saisissante sur les deux premiers morceaux Fat City et Fly Away, qui, sous de faux airs de rockabilly, explorent bien de vieilles antiennes. Cependant, cette collaboration affiche le désir d’offrir aux uns et aux autres suffisamment de liberté pour que chacun des trois participants pose sa griffe sans jamais l’imposer aux autres. On entre dans le disque par la voix de Vega, mais les chemins de traverse passent par la grâce chiltonienne et le jeu tout en souplesse de Vaughn, et ce à partir de Freedom, morceau hybride entre la powerpop de Big Star et la flagrance Suicide. Et puis, il y a ce morceau ultime, Sister, un blues noir comme la nuit profonde, qui casse bien les pattes et fait bien chavirer les coeurs.

L’album va ainsi crescendo, laissant peu de place à toute nouvelle tentative d’identification, à supposer que l’on soit tenté par le jeu des références. Ces trois éminences grises sont parvenues à mener un side-project avec l’énergie de leur début, la maturité en plus. Il s’agit d’un pur album de rock, la voix et les pieds ancrés dans un blues intemporel, tout en se gardant bien de se retourner sur un passé désormais glorieux. Ça gémit, ça pleure, ça rage et ça balance. La force de ce disque, c’est un jeu collectif et un esprit d’ouverture qui vont au-delà de la simple réunion formatée que l’on aurait pu craindre.

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