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Alain Kan – Whatever Happened to Alain Z. (Les cultissimes oubliés #41)

Alain Kan
« Ne raccroche pas! » chanta un jour son beau-frère Christophe. L’histoire de cet artiste français commence par la fin. Un jour d’avril 1980, Alain Kan s’engouffra dans le métro, à la station Pompe : c’est la dernière fois qu’on le vit. Depuis la rumeur s’est tranquillement installée : vivant, pas vivant. Le dandy du rock français a bâti sa légende en disparaissant purement et simplement. Et depuis 1980, on doit se contenter de son oeuvre protéiforme, construite durant les années 70. Tour à tour, il fut chantre de la variété française tendance Marité et Gilbert Carpentier, pop-star fricotant avec les plus grands d’alors (Barbara, Gainsbourg, Dani, Jean-Claude Vannier et David Bowie), premier véritable rocker décadent français avec son 2ème album Heureusement qu’en France on ne se drogue pas – interdit d’antenne -, premier punk français avec son groupe Gazoline (avec deux autres grands disparus : Fred Chichin et Pierre-Jean Cayatte) et post-punk français avec l’album Whatever Happened to Alain Z.

Cette longue liste devrait en principe vous suffire pour découvrir la discographie d’Alain Kan. Il a tout essayé et il fut pour le meilleur et le pire l’angle mort du rock français. Il défricha avant tout le monde et ne fut pas reconnu durant sa carrière, sauf par quelques proches qui lui restèrent fidèles jusqu’à la fin – Christophe et Olivier Burger. Whatever Happened to Alain Z. est son avant dernier album, sorti en 1979. Etrange album que ce dernier. Pas franchement un chef-d’oeuvre. Alors pourquoi tenter de le chroniquer ? Car il est paradoxalement typique de ce qu’il y a de mieux et de pire dans le rock français.
Commençant par le pire. Alain Kan ne chante pas sur cet album, il braille. Les guitares sont lourdingues et l’orchestration calamiteuse. Et de fait, certains titres en pâtissent comme, par exemple, Histoire Noire, un collage vocal insupportable qui a mal vieilli et le titre suivant La Diva, dont la partie musicale frise le ridicule avec son piano cabaret et la guitare saturée façon Glam Rock du pauvre. Et on frise le ridicule avec le Infernale Femme Fatale, un Trust-like avant Trust.
Sur cette galette de 8 titres, il ne reste pas grand chose à se mettre sous la dent. Mais finalement, Alain Kan n’est bon que lorsqu’il provoque sciemment et ce talent passe par l’écriture de paroles hallucinantes et hallucinées. Et sur trois titres, il est flagrant qu’on est face à un génie -, par intermittence certes, mais un génie quand même. Sur Devine qui vient dîner, qui provoquera l’interdiction et le pilonnage de l’album, Alain Kan invite façon Grande Bouffe l’oncle Adolf à dîner : on a le droit à un dialogue entre Kan et Hitler, celui-ci lui répondant par ses désormais tristes discours. Hallucinant. Sur Hey Man, il réécrit et réinterprète les paroles de Suffragette City et fait passer le morceau de Bowie pour une ritournelle pop inconséquente. Hallucinant. Et pour conclure cet album brinqueballant, Le Charter est ce qui restera comme le texte le plus énigmatique de Kan. Ce titre est un spoken word, joué à l’extrême, nous rappelant que l’artiste fit souvent l’ouverture de l’Alcazar. « Le Charter devint Bunker ». Une histoire décousue, comme écrit en mode automatique, volontairement surréaliste avec un écho à la fois gargantuesque et fantômatique au The End de Morrisson, Whatever Happened to Alain Z. se termine sur une note sombre et fortement prophétique. A écouter dans le silence d’une chambre d’hôtel.
[A écouter]
Alain Kan – Devine qui vient dîner ?
Alain Kan – Hey Man
Popularity: 11% [?]



















Hey Man qui taille un costard à Bowie m’a bien fait rigolé
Avec l’interdiction de l’album, ce fut un des morceaux les plus recherchés d’Alain Kan et ça correspond à la période « conne » de David Bowie où ce dernier sortait de limo en faisant le salut nazi.
Oui, ça correspond au moment où il était parti à Berlin, et je crois que Bowie était dans un trip « décadence et fin du troisième reich » avec Iggy Pop. De souvenir, il me semble que ce passage est relaté par l’ex-femme de Bowie dans « Please Kill Me ».