[A Song A Day] Tuxedomoon – In A Manner of Speaking
Le vent soufflait désormais violemment, qui soulevait et faisait voltiger les bannières suspendus à tous les balcons de la piazza — autant de bannières écarlates exhibées en l’honneur de la venue d’un chef d’état important. Il regardait les badauds s’agglutiner derrière les barrières, prêts à manifester leur plaisir au passage du cortège présidentiel. Le casque vissé aux oreilles, il ne se doutait pas de la scène qui se passait au-dessus de sa tête et pourtant, il lui aurait suffit de lever la tête quelques secondes. Sur un des balcons, un homme s’était perché sur un des rebords et regardait fixement un point dans la foule. Il était immobile, comme statufié, à peine si on voyait sa poitrine se lever pour respirer. Le fossé semblait se creuser entre cet homme et le reste du monde. Il ne bougeait toujours pas, il restait ainsi, tout son corp tendu sur ce point dans la foule. Le cortège passa et la foule commença à hurler et à agiter ses petits drapeaux, dans une danse désormais mille fois vues et devenue pathétiques. Mais qu’importe, la liesse populaire était la plus importante si ce n’est ce jeune garçon avec son casque vissé sur les oreilles, isolé dans son monde musicali, loin de ce tintamarre et cet homme planté sur la corniche de son balcon à toujours fixer du regard ce point invisible.
Je n’ai toujours pas bougé. Et j’ai beau me savoir habillé, je n’ai pas la moindre idée de ce que je porte. Je ne distingue aucune couleur, ni ne perçois le moindre mouvement — seulement l’étrange sensation de mon corps, devenu lourd et pesant.
Il se passe quelque chose. J’ignore quoi. Mais un énorme objet est tombé du ciel, s’écrasant et explosant sur le sol, à un endroit parmi la foule. J’enlève mon casque et les hurlements, les pleurs, les appels à l’aide m’agressent. Hébété, je reste immobile, des gens me bousculent, mais je reste scotché sur place.
Machinalement, je m’essuie les yeux, sans toutefois bouger. Rien ne vient rompre mon apparente immobilité si ce n’est le rire qui monte en moi, petit à petit, jusqu’à éclater. Il se mêle à la violence du vent et aux bruits de l’accident. Le vent enfle, modifie enfin sa tonalité et emporte ma silhouette dans un tourbillon de ricanements.
Le jeune garçon sentit qu’il devait s’eloigner de cette scène d’apocalypse, alors il remit son casque sur ses oreilles et partit à reculons. “In a manner of Speaking”, murmura-t-il, “give me the words by saying nothing”.
[A écouter]







