[A Song A Day] The Damned Don’t Cry – Visage

La lumière s’est éteinte et je me suis retrouvé dans le noir silence de mon bureau. Dommage pour un jour d’août où la clarté du jour est supposé remplir le coeur des hommes. Non le ciel est gris, désespérément gris, un gris plombé, un gris qui nous intime à être triste, à séjourner dans un entre-monde mélancolique. Il semblerait que notre condition d’homme nous donne la force de lutter néanmoins contre cette volonté universelle et à chercher derrière toute cette grisaille, le bleu du ciel, la chaude douceur du soleil.

Le jour touche à sa fin et je me promène dans cette forêt qui ne porte pas de nom. Une lumière verte se croise et s’entrecroise sur mes mains, joue une symphonie de couleurs vaguement mordorées sur mes bras et mon torse. La tête cachée sous une casquette, j’ignore mon environnement mais me laisse bercer par le bruissement de mes pas sur les feuilles mortes. J’imagine sans peine un monde sans arbres, sans oiseaux et sans bruits. J’imagine cette canopée morte dans un silence atomique. Je me souviens alors de cette peur insidieuse qui, sans l’air de rien, aura rythmé mon enfance et mon adolescence. Peut-on chasser ces souvenirs interlopes d’un revers de la main ? Peut-on en créer d’autres, plus heureux ? Peut-on rêver autrement ? Les insinuer et les développer ? Se jouer d’eux ? Les effacer et recommencer ?

Dans l’ensemble, le jardin de ma vie avait presque perdu toute ressemblance avec le champ de défaites que j’avais longuement entretenu. Entre la véranda de ma raison et le début du sentier encore mal dallé de mon coeur se trouvait une bande de terre battue. Là, chaque soir, avant que se fût achevé le coucher du soleil, je déroulais ma longue carcasse en m’installant dans une chaise longue. Je m’endormais aux bruits provenant du fond du jardin, monde encore vaguement inconnu et vierge de mes considérations. Je pouvais imaginer les silhouettes bouger dans la lumière mourante du soleil, jusqu’à ce que je me lève pour leur demander de partir. A ces formes sans visage, j’opérais un rapide clignement d’oeil pour les effacer de ma mémoire.  Remember the damned don’t cry. Dans mon jardin, le sentier est aujourd’hui bien dallé et mon enfer définitivement pavé de bonnes intentions.

[A écouter]

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