Tags

Related Posts

Share This

[A Song A Day] An England Story

England Story


[A écouter]


Imaginez un instant que, dans l’heure qui vient, s’abatte une grande tempête qui arracherait nos misérables vies de ce monde, nettoierait les forêts de ses arbres, les rivières de ses eaux, emporterait toutes les fleurs et les animaux. Tout ce que nous voyons et connaissons disparaîtrait et il ne resterait que le sable et la terre ; ça ressemblerait à une terre pelée, paysage lunaire vide de toute substance. Comme on souffrirait alors, comme on trouverait ridicule ces frontières artificielles, comme on rirait de nos prétendues nationalités. On passerait plus de temps à pleurer notre paradis perdu. En vain.
J’ai toujours eu un rapport schizophrène avec mes nationalités. Cette étrange sensation d’appartenir à plusieurs pays, régions ou villes en même temps m’a rendu un jour définitivement apatride, volontairement et sans état d’âme. Aussi lorsque j’entends une poignée d’individus monter sur leurs grands chevaux pour défendre un attribut national, je ricane et lorsque ça devient trop cocardier avec des relents xénophobes, je vois rouge. Je n’aime pas les frontières et pense qu’il faudrait parler la même langue adamique et reconstruire Babel, puis se débarrasser de notre occidentalisation. Plus quelqu’un est profondément occidental, plus il a besoin d’objets ; on en vient à veiller plus sur eux que sur nos proches. Nos yeux devenus vides deviennent des tonneaux de Danaïdes, une soif insatiable brûle nos gorges de jamais trop posséder.

This is England.
Douce France.
Women of Ireland.

Sentiment étrange que d’une manière ou une autre, on a besoin de marquer son territoire, même en musique.

“This land is your land, this land is my land.”

J’entends encore la petite-fille de Woody Guthrie chanter ce morceau, un soir d’été à Philadelphie. Elle est descendue de la scène et s’est avancée, seule au millieu de la foule, avec sa guitare et sans micro, a commencé à chanter This Land Is Your Land, devenu l’hymne des sans-terres et par le temps, des sans-abris. Il faut entendre une petite salle comble reprendre en choeur cette chanson. Ça vient du tréfond des tripes et ça remonte à la surface en une vague gigantesque. On entend la clameur alors des déshérités. On chante pour eux, pour une terre volée et l’espoir que la roue tourne un jour. A ce moment précis, on n’est pas loin de jeter des cailloux et des poignées de sable. J’entends la voix de Joe Strummer se casser les cordes sur le dernier morceau à peu près digne des Clash, éructant à la face de Thatcher, cette Angleterre devenue inique à ses yeux. J’entends ces musiciens qui un jour, d’une façon ou d’une autre, ont chanté leur pays. J’aurais bien aimé chanter avec eux, sentir un jour ce que ça fait d’appartenir à un coin de terre.

Imaginer pendant un instant que j’ai la tête pleine de ces colifichets et penser que la seule chose qui pourrait guérir tous ces malades de la pensée est l’oubli apatride. La plupart trimbalent un poids si lourd dans leur tête que regarder au-delà de leurs propres frontières leur demande un trop gros effort. Ils s’épuisent et se fânent, sans s’en apercevoir. Est-ce donc ça mourir à petit feu ?

Popularity: 17% [?]