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[…] autant que je sache — immédiatement
Berlin, dans la nuit du 12 au 13 août 1961 c’est Saturday Night Fever. La construction du Mur vient de commencer sous haute surveillance policière et militaire. Secret d’État du gouvernement est-allemand, ce projet immobilier d’envergure vise à mettre fin à l’exode massif de ses habitants vers la République fédérale d’Allemagne.
Die Berliner Mauer sépare physiquement la ville en Berlin-Est et Berlin-Ouest et va rester pendant plus de vingt-huit ans, le symbole le plus marquant d’une Europe divisée par le Rideau de fer.
Une perestroïka plus tard, c’est une conférence de presse surréaliste et mal préparée qui va précipiter la chute du Mur le 9 novembre 1989.
Günter Schabowski, ancien journaliste, responsable du SED Sozialistische Einheitspartei Deutschlands et membre du Politburo du Comité central du SED en RDA, va faire une boulette monumentale lors d’un discours à la télévision.
C’est une conférence de presse ennuyeuse, comme il y en a plein d’autres à Berlin-Est. Schabowski, rend compte d’une réunion du comité central du parti au pouvoir. Personne ne se doute alors qu’elle va tout simplement provoquer la chute du Mur.
Il est 18h53, heure de Berlin-Est, ce 9 novembre 1989. La conférence de presse est retransmise en direct à la télévision.
La salle s’assoupit selon certains témoins. Un correspondant italien, Riccardo Ehrmann, pose alors une question sur les voyages, sujet sensible entre tous. Les journalistes sortent de leur torpeur.
Günter Schabowski hésite, bafouille (podcast de la conférence de presse). Il évoque alors le décret dont le secrétaire général lui a donné le texte.
Il le découvre en le lisant à haute voix devant les journalistes.
«Aussi, hum… avons-nous décidé aujourd’hui, hum… de mettre en œuvre une réglementation qui permet à chaque citoyen de la République démocratique allemande, hum… de hum… sortir d’Allemagne de l’Est par l’un ou l’autre des postes-frontières».
Question d’un journaliste: „Wann tritt das in Kraft?“ – « Quand cela entre-t-il en vigueur? ».
Schabowski répond textuellement: „Das tritt nach meiner Kenntnis… ist das sofort, unverzüglich.“
« Pour autant que je sache, cela entre en vigueur… c’est maintenant, immédiatement. »
A 19h04, l’agence de presse est-allemande révèle des extraits de l’allocution. A 19h05, Associated Press annonce: «La RDA ouvre sa frontière». Le télétexte de France 2 titre: «Le Mur de Berlin est tombé».
A 20h00, la télévision ouest-allemande diffuse l’info: après 28 ans de fermeture quasi-absolue, le Mur de la honte va s’ouvrir!
Günter Schabowski se trompe, il a mal interprété le document. L’ouverture des frontières ne devait,en réalité, être autorisée que le lendemain 10 novembre à 4 heures du matin !
Dans les heures qui suivent, grosse bousculade: des milliers de personnes affluent vers les postes-frontières.
Et bien évidement les gardes-frontières ne sont pas informés des nouvelles dispositions.
Broadway the Hard Way ! La confusion et la cohue s’installent aux points de passage.
A la porte de Brandenbourg, la foule craint un moment que les Vopos et les militaires de l’Est fassent usage de leurs armes.
Pour faire baisser un peu la pression de la foule, les gardes-frontières du poste Bornholmer Straße autorisent les premières sorties du pays à partir de 21h20. Le responsable du service de contrôle des passeports ordonne toutefois d’invalider les passeports des ressortissants autorisés à gagner Berlin-Ouest, les privant ainsi à leur insu de leur nationalité.
Vers 23h30 l’affluence au poste-frontière est telle que le responsable du service de contrôle des passeports, toujours sans consignes officielles, ordonne d’ouvrir les barrières.
Au cours de l’heure qui suit, environ 20 000 personnes traversent le pont Bösebrücke sans aucun contrôle. Les autres postes-frontières berlinois sont ouverts au cours de la nuit.
«Die Mauer ist weg !»
[A écouter]
(sources: Deutsche Welle, France 3, berlin.de crédit photo: Ueli Hiltpold)
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